‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1215 sur 1238 · ARTHENICE, M«^ SORBIN, M. SORBIN, TIMAGÈNE · texte numérisé non relu

ARTHENICE, M«^ SORBIN, M. SORBIN, TIMAGÈNE

TIMAGàNE.

Ah! pardon, belle Arthenice, je ne vous croyais pas si près.

M. SORBIN

Qu'est-ce que c'est que tu veux, ma femme? nous avons hâte.

MADAME SOBBIN.

Eh ! là, là, tout bellement, je veux vous voir, monsieur Sorbin, bonjour; n'avez-vous rien à me communiquer, par hasard ou autrement?

M. SORBIN

Non, que veux-tu que je te communique, si ce n'est le temps qu'il fait, ou l'heure qu'il est?

ARTHENIGE.

Et vous, Timagène, que m'apprendrez-vous ? Parle-t-on des femmes parmi vous ?

TIMAGÈNE

Non, madame, je ne sais rien qui les concerne; on n'en dit pas un mot.

ABTHBNIGE.

Pas un mot, c'est fort bien fait.

MADAME SORBIN

Patience, l'af&che vous réveillera.

M. SORBIN

Que veux-tu dire avec ton afHche?

MADAME SORBIN

Oh! rien, c'est que je me parle.

ARTIIBNIGE.

Eh! dites-moi, Timagène, où allez-vous tous deux d'un air si pensif.

TIMAGÈNE

Au Conseil où l'on nous appelle et où la noblesse et tous les notables d'une part, et le peuple de l'autre, nous menacent, cet honnête homme et moi, de nous nommer pour travailler aux lois, et j'avoue que mon incapacité méfait déjà trembler.

MADAME SORBIN

Quoi, mon mari, vous allez faire des lois ?

M. SORBIN

Hélas, c'est ce qui se publie, et ce qui me donne un grand souci.

MADAME SORBIN

Pourquoi, monsieur Sorbin? Quoique vous soyez massif et d'un naturel un peu lourd, je vous ai toujours connu un très-bon gros jugement qui viendra fort bien dans cette aiïaire-ci ; et puis je me persuade que ces messieurs auront le bon esprit de demander des femmes pour les assister, comme de raison.

M. SORBIN

Ah ! tais -toi avec tes femmes, il est bien question de rire.

MADAME SORBIN

Mais vraiment, je ne ris pas.

M. SORBIN

Tu deviens donc folle?

MADAME SORBIN

Paixli, monsieur Sorbin, vous êtes un petit élu du peuple bien impoli ; mais par bonheur, cela ^e passera avec une ordonnance, je dresserai des lois aussi, moi.

M. SOBBIN, riant.

Toi! hé, hé, hé, hé.

TIMAGÈNE, riant.

Hé, hé, hé, hé.

ARTHENIGE.

Qu'y a-t-il donc là de si plaisant? Elle a raison, elle en sera, j'en serai moi-même.

' TIMAGÈNE

Vous, madame?

M. SORBIN, riant.

Des lois!

ARTHENIGE.

Assurément.

M. SORBIN, riant.

Ah bien ! tant mieux, faites, amusez-vous, jouex une farce ; mais gardez-nous votre drôlerie pour une autre fois, cela est trop bouffon pour le temps qui court.

TIMAGÈNE

Pourquoi? La gaieté est toujours de saison.

ARTHENIGE.

La gaieté, Timagène?

MADAME SORBIN

Notre drôlerie, monsieur Sorbin? Courage, on vous en donnera de la drôlerie,

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