‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1216 sur 1238 · LA COLONIE, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

LA COLONIE, SCÈNE IL

M. soubin.

Laissons là ces rieuses, seigneur Timagène, et allons-nous-en. Adieu, femme, grand merci de ton assistance.

ARTHBNICB.

Attendez, j'aurais une ou deux réflexions à communiquer à M. relu de la noblesse.

TIMAGÈNE

Parlez, madame.

ARTHBNICB.

Un peu d'attention; nous avons été obligés, grands et petits, nobles, bourgeois et gens du peuple, de quitter notre patrie pour éviter la mort ou pour fuir l'esclavage de l'ennemi qui nous a vaincus.

M. SORBIN

Cela m'a l'air d'une harangue, remettons-la à tantôt, le loisir nous manque.

MADAME SORBIN

Paix, malhonnête.

TIMAGÉNB.

Écoutons.

ARTHBNICB.

Nos vaisseaux nous ont portés dans ce pays sauvage, et le pays est bon.

M. SORBIN

Nos femmes y babillent trop.

MADAME SORBIN, en colére.

Encore !

ARTHENIGE.

Le dessein est formé d'y rester, et comme nous y sommes tous arrivés pêle-mêle, que la fortune y est égale entre tous, que personne n'a droit d'y commander, et que tout y est confusion, il faut des maîtres^ il en faut un ou plusieura, il faut des lois.

TIMAGÈNE

Hé, c'est à quoi nous allons pourvoir, madame.

M. SORBIX.

Il va y avoir de tout cela en diligence, on nous attend pour cet effet.

ARTHENICE.

Qui, nous? Qui entendez -vous par nous?

M. SORDIN.

. Eh pardi, nous entendons, nous, ce ne peut pas

être d'autres.

ARTHENICE.

Doucement, ces lois, qui est-ce qui va les faire, de qui viendront-elles?

M. SORBIN, en diriiton.

De nous.

MADAME SORBIN

Des hommes!

M. SORBIN

Apparemment.

ARTHENICE.

Ces maîtres, ou bien ce maître, de qui létiendra-t-OD?

MADAME SORBIN, en diri$i<m.

Des hommes.

M. SORBIN

Ëhl apparemment.

ARTHBNICB.

Qui fera-t-il?

ICAOAME SORBIN.

Un homme.

M. SORBIN

Eh! qui donc?

ARTHBNICB.

Et toujours des hommes et jamais de femmes, qu'en pensez-vous, Timagène? car le gros jugement de votre adjoint ne va pas jusqu'à savoir ce que je veux dire.

TIMAGÈNE

J'avoue, madame, que je n'entends pas bien la difficulté non plus.

ARTHENICE.

Vous ne l'entendez pas? Il sufQt, laissez-nous.

M. SORBIN, à $a frmme.

Dis-nous donc ce que c'est.

Tu me le demandes, va-t'en.

TIMAGÈNE

Mais, madame...

ARTHBNICB.

Mais, monsieur, vous me déplaisez là.

M. SORBIN, à ja/emme.

Que veut-elle dire?

MADAME SORBIN

Mais, va porter ta face d'homme ailleurs.

M. SORBIN

A qui en ont-elles?

MADAME SORBIN

Toujours des hommes, et jamais de femmes, et ça ne nous entend pas.

M. SORBIN

Eh bien, après?

MADAME SORBIN

Hum ! Le butor, voilà ce qui est après.

TIMAGÈNE

Vous m'affligez, madame, si vous me laissez partir sans m'instruire de ce qui vous indispose contre moi.

ARTHENICE.

Partez, monsieur, vous le saurez au retour de votre Conseil.

Le tambour vous dira le reste, ou bien le placard au son de la trompe.

M. SORBIN

Fifre, trompe ou trompette, il ne m'importe guère; allons, monsieur Timagène.

TIMAGÈNE

Dans l'inquiétude où je suis, je reviendrai, ma* dame, le plus tôt qu'il me sera possible.

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