LA COLONIE, SCÈNE IL
M. soubin.
Laissons là ces rieuses, seigneur Timagène, et allons-nous-en. Adieu, femme, grand merci de ton assistance.
ARTHBNICB.
Attendez, j'aurais une ou deux réflexions à communiquer à M. relu de la noblesse.
TIMAGÈNE
Parlez, madame.
ARTHBNICB.
Un peu d'attention; nous avons été obligés, grands et petits, nobles, bourgeois et gens du peuple, de quitter notre patrie pour éviter la mort ou pour fuir l'esclavage de l'ennemi qui nous a vaincus.
M. SORBIN
Cela m'a l'air d'une harangue, remettons-la à tantôt, le loisir nous manque.
MADAME SORBIN
Paix, malhonnête.
TIMAGÉNB.
Écoutons.
ARTHBNICB.
Nos vaisseaux nous ont portés dans ce pays sauvage, et le pays est bon.
M. SORBIN
Nos femmes y babillent trop.
MADAME SORBIN, en colére.
Encore !
ARTHENIGE.
Le dessein est formé d'y rester, et comme nous y sommes tous arrivés pêle-mêle, que la fortune y est égale entre tous, que personne n'a droit d'y commander, et que tout y est confusion, il faut des maîtres^ il en faut un ou plusieura, il faut des lois.
TIMAGÈNE
Hé, c'est à quoi nous allons pourvoir, madame.
M. SORBIX.
Il va y avoir de tout cela en diligence, on nous attend pour cet effet.
ARTHENICE.
Qui, nous? Qui entendez -vous par nous?
M. SORDIN.
. Eh pardi, nous entendons, nous, ce ne peut pas
être d'autres.
ARTHENICE.
Doucement, ces lois, qui est-ce qui va les faire, de qui viendront-elles?
M. SORBIN, en diriiton.
De nous.
MADAME SORBIN
Des hommes!
M. SORBIN
Apparemment.
ARTHENICE.
Ces maîtres, ou bien ce maître, de qui létiendra-t-OD?
MADAME SORBIN, en diri$i<m.
Des hommes.
M. SORBIN
Ëhl apparemment.
ARTHBNICB.
Qui fera-t-il?
ICAOAME SORBIN.
Un homme.
M. SORBIN
Eh! qui donc?
ARTHBNICB.
Et toujours des hommes et jamais de femmes, qu'en pensez-vous, Timagène? car le gros jugement de votre adjoint ne va pas jusqu'à savoir ce que je veux dire.
TIMAGÈNE
J'avoue, madame, que je n'entends pas bien la difficulté non plus.
ARTHENICE.
Vous ne l'entendez pas? Il sufQt, laissez-nous.
M. SORBIN, à $a frmme.
Dis-nous donc ce que c'est.
Tu me le demandes, va-t'en.
TIMAGÈNE
Mais, madame...
ARTHBNICB.
Mais, monsieur, vous me déplaisez là.
M. SORBIN, à ja/emme.
Que veut-elle dire?
MADAME SORBIN
Mais, va porter ta face d'homme ailleurs.
M. SORBIN
A qui en ont-elles?
MADAME SORBIN
Toujours des hommes, et jamais de femmes, et ça ne nous entend pas.
M. SORBIN
Eh bien, après?
MADAME SORBIN
Hum ! Le butor, voilà ce qui est après.
TIMAGÈNE
Vous m'affligez, madame, si vous me laissez partir sans m'instruire de ce qui vous indispose contre moi.
ARTHENICE.
Partez, monsieur, vous le saurez au retour de votre Conseil.
Le tambour vous dira le reste, ou bien le placard au son de la trompe.
M. SORBIN
Fifre, trompe ou trompette, il ne m'importe guère; allons, monsieur Timagène.
TIMAGÈNE
Dans l'inquiétude où je suis, je reviendrai, ma* dame, le plus tôt qu'il me sera possible.