‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 122 sur 1238 · SCÈNE Yll · texte numérisé non relu

SCÈNE Yll

U. ARGANTE, Hii* ARGANTE, battant la meture

avec le pied,

M. ARGANTE

Que faites-vous là, mademoiselle?

MADEMOISELLE ARGANTE

Rien.

M. ARGANTE

Rien ? belle occupation ! •

MADEMOISELLE ARGANTE

Je VOUS défie pourtant de critiquer rico.

M. ARGANTE

Quelle étourdie i comme vous voilà faite I

Faite au tour, à ce qu'on dit. »

M. ARGANTE

lié ! je croîs que vous plaisantez ?

MADEMOISELLE ARGANTE

Non ; je suis de mauvaise humeur ; car je n'ai pu jouer du clavecin ce matin.

M. ARGANTE

Laissez-là votre clavecin; mon gendre arrive, et vous ne devez pas le recevoir dans un ajustement aussi négligé.

MADEMOISELLE ARGANTE

Ahi laissez-moi faire ; le négligé va au cœur... Si j'étais ajustée, on ne verrait que ma parure ;

dans mon négligé, on ne verra, que moi, et on n*y perdra rien.

M. ARGANTE

Ohl oh ! que signifie donc ce discours-là?

MADEMOISELLE ARGANTE

• Vous haussez les épaules, vous ne me croyez pas : je vous convaincrai, papa.

M. ARGANTE

Je n'y comprends rien. Ma fille !

MADEMOISELLE ARGANTE

Me voilà, mon père.

Avez-vous dessein de me jouer?

MADEMOISELLE ARGANTE

Qu'avez-vous donc ? Vous m'appelez, je vous réponds ; vous vous fâchez, je vous laisse faire. De quoi s'agit-il? expliquez-vous. Je suis là, vous me voyez, je vous entends, que vous platt-il7

M. ARGANTE

En vérité, sais-tu bien que si on t'écoutait, on te prendrait pour une folle ?

MADEMOISELLE ARGANTE

Ehlehiehl...

M. ARGANTE

Eh 1 eli I il n'est pas question d'en rire, cela est vrai.

MADEMOISELLE ARGANTE

J'en pleurerai, si vous le jugez à propos. Je croyais qu'il en fallait rire,je suis dans la bonne foi.

M. ARGANTE

Non : il faut m'écouter.

MADEMOISELLE ARGANTE le salue.

* C'est bien de l'honneur à moi, mon père.

M. ARGANTE

Qu'on a de peine avec les enfants !

MADEMOISELLE ARGANTE

Eh 1 VOUS ne vous vantez de rien; mais je crois que vous n'en avez pas mal donné à mon grandpère : vous étiez bien sémillant.

Taisez-vous, petite fille.

MADEMOISELLE ARGANTE

Les petites filles n'obéissent point, mon père ; et puisque j'en suis une, je ferai ma charge, et me gouvernerai, s'il vous plaît, suivant l'épi thète que vous me donnez.

M. ARGANTE

La patience m'échappera...

MADEMOISELLE ARGANTE

Calmez-vous, je me tais : voilà l'agrément qu'il y a d'avoir affaire à une personne raisonnable!

M. ARGANTE

Je ne sais où j'en suis, ni où elle prend tant d'impertinences : quoi qu'il en soit, finissons ; je n'ai qu'un mot à vous dire : préparez-vous à recevoir celui qui vient ici vous épouser.

MADEMOISELLE ARGANfE.

Ce discours-là me fait ressouvenir d'une chanson qui dit : Préparons-nous à la fête tiouveUe.

Page 1