SCÈNE Yll
U. ARGANTE, Hii* ARGANTE, battant la meture
avec le pied,
M. ARGANTE
Que faites-vous là, mademoiselle?
MADEMOISELLE ARGANTE
Rien.
M. ARGANTE
Rien ? belle occupation ! •
MADEMOISELLE ARGANTE
Je VOUS défie pourtant de critiquer rico.
M. ARGANTE
Quelle étourdie i comme vous voilà faite I
Faite au tour, à ce qu'on dit. »
M. ARGANTE
lié ! je croîs que vous plaisantez ?
MADEMOISELLE ARGANTE
Non ; je suis de mauvaise humeur ; car je n'ai pu jouer du clavecin ce matin.
M. ARGANTE
Laissez-là votre clavecin; mon gendre arrive, et vous ne devez pas le recevoir dans un ajustement aussi négligé.
MADEMOISELLE ARGANTE
Ahi laissez-moi faire ; le négligé va au cœur... Si j'étais ajustée, on ne verrait que ma parure ;
dans mon négligé, on ne verra, que moi, et on n*y perdra rien.
M. ARGANTE
Ohl oh ! que signifie donc ce discours-là?
MADEMOISELLE ARGANTE
• Vous haussez les épaules, vous ne me croyez pas : je vous convaincrai, papa.
M. ARGANTE
Je n'y comprends rien. Ma fille !
MADEMOISELLE ARGANTE
Me voilà, mon père.
Avez-vous dessein de me jouer?
MADEMOISELLE ARGANTE
Qu'avez-vous donc ? Vous m'appelez, je vous réponds ; vous vous fâchez, je vous laisse faire. De quoi s'agit-il? expliquez-vous. Je suis là, vous me voyez, je vous entends, que vous platt-il7
M. ARGANTE
En vérité, sais-tu bien que si on t'écoutait, on te prendrait pour une folle ?
MADEMOISELLE ARGANTE
Ehlehiehl...
M. ARGANTE
Eh 1 eli I il n'est pas question d'en rire, cela est vrai.
MADEMOISELLE ARGANTE
J'en pleurerai, si vous le jugez à propos. Je croyais qu'il en fallait rire,je suis dans la bonne foi.
M. ARGANTE
Non : il faut m'écouter.
MADEMOISELLE ARGANTE le salue.
* C'est bien de l'honneur à moi, mon père.
M. ARGANTE
Qu'on a de peine avec les enfants !
MADEMOISELLE ARGANTE
Eh 1 VOUS ne vous vantez de rien; mais je crois que vous n'en avez pas mal donné à mon grandpère : vous étiez bien sémillant.
Taisez-vous, petite fille.
MADEMOISELLE ARGANTE
Les petites filles n'obéissent point, mon père ; et puisque j'en suis une, je ferai ma charge, et me gouvernerai, s'il vous plaît, suivant l'épi thète que vous me donnez.
M. ARGANTE
La patience m'échappera...
MADEMOISELLE ARGANTE
Calmez-vous, je me tais : voilà l'agrément qu'il y a d'avoir affaire à une personne raisonnable!
M. ARGANTE
Je ne sais où j'en suis, ni où elle prend tant d'impertinences : quoi qu'il en soit, finissons ; je n'ai qu'un mot à vous dire : préparez-vous à recevoir celui qui vient ici vous épouser.
MADEMOISELLE ARGANfE.
Ce discours-là me fait ressouvenir d'une chanson qui dit : Préparons-nous à la fête tiouveUe.