LA COLONIE, SCÈNE XVL
de rien ; 9*il le faut, nous pécherons, nous chasserons, nous deviendrons sauvages, et noire vie finira avec honneur et gloire, et non pas dans l'humilité ridicule où Ton veut tenir des personnes de notre excellence.
PERSINET.
Et qui font le sujet de mon admiration.
HERHOCRATE.
Cela va jusqu'à la fureur. [A M. Sorbin.) Répondez-lui donc.
M. SORBIN
Que voulez-vous? C'est une rage que cela, mais revenons au bon sens; savez-vous, madame Sorbin, de quel bois je me chauffe?
MADAME SOBBIN.
Eh là, le pauvre homme avec son bois, c*estbien à lui à parler de cela; quel radotage !
M. SORBIN
Du radotage! à qui parlez-vous, s'il vous plaît? Ne suis-je pas l'élu du peuple? Ne suis-je pas votre mari, votre maître, et le chef de ma famille?
MADAME SORBIN
Vous êtes, vous êtes... Est-ce que vous croyez me faire trembler avec le catalogue dç vos qualités, que je sais mieux que vous ? Je vous conseille de crier gare ; tenez, ne dirait-on pas qu'il est juché sur l'arc-en-ciel ? Vous êtes l'élu des hommes, et moi l'élue des femmes; vous êtes mon mari, je suis votre femme; vous êtes le maître, et moi, la maltresse; à l'égard du chef de famille, allons bellement; il y a deux chefs ici, vous êtes l'un, et moi l'autre, partant quitte à quitte.
Elle parle d'or, en vérité.
M. SORBIN
Cependant, le respect d'une femme... est un sot.
MADAME SORBIN
Finissons, monsieur Sorbin, qui êtes élu mari, maître et chef de famille ; tout cela est bel et bon ; mais écoutez-moi pour la dernière fois, cola vaut mieux : nous disons que le monde est une ferme, les dieux là-haut en sont les seigneurs, et vous autres hommes, depuis que la vie dure, en avez toujours été les fermiers tout seuls, et cela n'est pas juste, rendez-nous notre part de la ferme; gouvernez, gouvernons; obéissez, obéissons; partageons le profit et la perte ; soyons maîtres et valets en commun; faites ceci, ma femme; faites ceci, mon homme ; voilà comme il faut dire, voilà le moule où il faut jeter les lois, nous le voulons, nous le pr^endons, nous y sommes butées; ne le voulez-vous pas? Je vous annonce et vous signifie, en ce cas, que votre femme, qui vous aime, que vous devez aimer, qui est votre compagne, votre bonne amie et non pas votre peHte servante, à moins que vous ne soyez son petit serviteur, je vous signifie que vous ne l'avez plus, qu'elle vous quitte, qu'elle rompt ménage et vous remet la clef du logis : j'ai parlé pour moi ; ma fille que je vois
là-bas et que je vais appeler, va parler pour elle. Allons, Lina, approchez, j'ai fait mon office, faites le vêtre, dites votre avis sur les affaires du temps.