LES MÊMES ; PERSINET, LINA
LINA
Ma chère mère, mon avis...
TIMAGÈNR.
La pauvre enfant tremble de ce que vous lui faites faire.
MADAME SORBIN
Vous en dites la raison ; c'est que ce n'est qu*une enfant : courage, ma fille, prononcez-bien et parlez haut.
LINA
Ma chère mère, mon avis, c'est, comme vous l'avez dit, que nous soyons dames et maîtresses par égale portion avec ces messieurs ; que nous travaillions comme eux à la fabrique des lois, et puis qu'on tire, comme on dit, à la courte paille pour savoir qui de nous sera roi ou reine, sinon que chacun s'en aille de son côté, nous à droite, eux à gauche, du mieux qu'on pourra. Est-ce là tout, ma mère ?
MADAME SORBIN
Vous oubliez l'article de l'amant ?
LINA
C'est que c'est le plus difficile à retenir; votre avis est encore que l'amour n'est plus qu'un sot.
MADAME SORBIN
Ce n'esti pas mon avis qu'on vous demande, c'est le vôtre.
LINA
Hélas! le mien serait d'emmener mon amant et son amour avec nous.
Voyez la bonté de cœur, le beau naturel pour l'amour.
LINA
Oui, mais on m'a commandé de vous déclarer un adieu dont on ne verra ni le bout ni la fin.
PERSINET.
Miséricorde !
M. SORBIN
Que le ciel nous assiste; en bonne foi, est-ce là un régime de vie, notre femme?
MADAME SORBIN
Allons, Lina, faites la dernière révérence à M. Sorbin, que nous ne connaissons plus, et retirons-nous sans retourner la tête. (Eltet s^en vont,)