‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 138 sur 1238 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LES HUIT EUROPÉENS, coMUmit. ^

BLAISE

Morgue, que nous velà jolis garçons I

LE POÈTE

Que signifle tout cela? quel sort que le nôtre !

LA COMTESSE

Mais, messieurs, depuis six mois que nous avons été pris par cet insulaire qui vient de nous roeltre ici, que vous est-il arrivé? car il nous avait séparés, quoique nous fussions dans la môme maison. Vous a-t-il regardés comme des créatures raisonnables, comme des hommes ?

TOUS, soupirant.

Ah I

J'entends cette réponse-là.

BLAISE

Quant à ce qui est de moi, noute geoulier, sa femme et ses enfants, ils me regardiont tous ni plus ni moins comme un animal. Ils m'appeliont notre ami quatre pattes ; ils preniont mes mains pour des pattes de devant, et mes pieds pour celles de darrièrc.

FONTIGNAC, Cascûn,

Ils ont essayé dé mé nourrir dé graine.

LA COMTESSE

Ils ne me prenaient point non plus pour une ftlle.

BLAISE

Ah ! c'est la faute de la rareté.

FONTmNAC.

Oui-dà, lé douté là-dessus estpardounavlc.

LE COURTISAN

Pour moi j'ai été entre les mains de deux insulaires qui voulaient d'abord m'apprendre à parler comme on le fait aux perroquets.

FONTIGNAC.

Us ont commencé aussi par mé siffler, moi.

BLAISE

Vous a-t-on à tretous appris la langue du pays?

Page 1