SCÈNE XVII
FONTIGNAC, BLAISE.
FONTIGNAC.
Allons, mon ami, j6 rémets lé petit goujon entré bos mains ; je bous en récommandé la méta< morphosé.
BLAISB.
Il n^y a rian de si aisié. Boutez de la raison làdedans; et pis, zeste, tout le corps arrive.
FONTIGNAC
Comment, dé la raison! Tantôt nous avons donc deviné juste 1
BLAISB.
Oui, j'avions mis le nez dessus. Il n'y a qu'à être bian persuadé qu'ous êtes une bête, et déclarer en quoi*
FONTIGNAC
Une bôté? Né pourrait-on changer Fépithété? Ce n'est pas que j'y répugné.
BLAISB.
Nenni, morgue I c'est la plus belle pensée qu'ous aurez de voûte vie.
FONTIGNAC
Écoutez-moi, galant homme; n'est-ce pas ses imperfétions qu'il faut reconnaître?
Fort bian.
FONTIGNAC
Eh donc ! la vétisé n'est pas dé mon lot. Gé n'est pas là que gtt mon mal : c'était lé bôtré; chacun a lé sien. Je né prétends pourtant pas mé ménager, car je né m'estime plus ; mais dans la réflétion, je mé troubé moins imvécllé qu'impertinent, moins sot que fat.
BLAISE
Bon, morgue ! c'est ce que je voulons dire : ça va grand train. Il baille appétit de s'accuser, ce garçon-là. Est-ce là tout?
FONTIGNAC
Non, non : mettez que je suis mentur.
BLAISE
Sans doute, puisqu'ous êtes Gascon ; mais est-ce par couteume ou par occasion?
FONTIGNAC
Entré nous, tout mé sert d'occasion; ainsi comptez pour habitude.
BLAISB.
Qu'est-ce que c'est que ça? Un homme qui ment, c'est comme un homme qui a pardu la parole.
FONTIGNAC
Gomment ça se fait-il? car je suis mentur et vavillard en même temps.
BLAISB.
N'importe, maugré qu'ous soyez bavard, mon dire est vrai ; c'est que sti-là qui ment ne dit jamais la parole qu'il faut, et c'est comme s'il ne sonnait mot.
FONTIGNAC
Je né hais pas cette pensée ; elle est fantasque.
BLAISE
Revenons à vos misères. Retornez vos poches ; montrez-moi le fond du sac.
FONTIGNAC
Je mé reproché d'avoir été empoisonnur.
L'ILE DE LA RAISON, ACTE II, SCÈNE IL
BLAIS£, se reculant.
Oh ! pour de sti-là, il me faut du conseil ; car faura peut-être tous étouffer pour vous guarir, voyez-vous ! et je sis obligé d*en avarlir les habitants.
FONTIGNAG.
Ce n'est point lé corps que j^empoisonoais, je faisais mieux.
BLAISB.
C'est peut-être les rivières?
FONTIGNAG.
Non : pis que tout cela.
Eh ! morgue, parlez vite.
FONTIGNAG.
C'est Tesprit des hommes que je corrompais ; je lés rendais abcuglés; en un mot, j'étais un flatteur.
BLAISB*
Ah ! patience ; car d'abord voire poison avait bian mauvaise meine; mais ça est épouvantable, et je sis tout escandalisé.
FONTIGNAG.
Je mé détesté. Imaginez-bous que du ridicule dé mon maître, il y en a plus dé moitié dé ma façon.
BLAISE
Faut bien soupirer de cette adilre-là.
FONTIGNAG.
J'en respiré à peine.
BLAISR.
Vous allez donc hausser?
FONTIGNAG.
Je n'en douté pas à ce que je sctîs. Suibezmoi, je veux que lé prodige éclate aux yeux dé Spinette et dé mon maitré. N'attendons pas, courons ; je suis pressé.
BLAISB.
Allons vite, et faisons que tous nos camarades aient leur comple.