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SCÈNE III

BLECTRUE, FONTIGiNAC, BLAISE, SPINETTE.

FONTIGNAC

Ah! boilà Thonnêté homme dé qui nous sont bénus les premiers rayons dé lumière. Bénez, monsieur Blectrue, approchez dé bos enfans, et récébez-Ies entré bos vras.

BLAISE

Oh l je lui ai déjà rendu mes grâces.

BLECTRUE.

Et moi, je les rends aux dieux de l'état où vous êtes. Il ne s'agit plus que de vos camarades.

DLAISE.

Je venons d'en rater un tout à l'heure ; et les autres sont bian opiniâtres, surtout le courtisan et le philosophe.

SPINETTE

Pour moi, j'espère que je ferai entendre raison à ma maîtresse, et que nous demeurerons tous ici ; car on y est si bien !

BLECTRUE.

Je me proposais de vous le persuader, mes enfants; dans votre pays vous retomberiez peutêtre.

BLAISE

Parguél noute çarvelle serait biantôt fondue. * La raison dans le pays des folies, c'est comme une pelote de neige au soleil. Mais, à propos de soleil, dites-moi, papa Blectrue : tantôt, en passant, j'ons rencontré une jeune poulette du pays, tout à fait gentille, ma foi, qui m'a pris la main, et qui m'a dit : Vous velà donc grand I Ça vous va fort bian ; je vous en fais mon compliment. Et pis, en disant ça, les yeux H trottaient sur moi, fallait voir; et

pis : Mon biau garçon, regardez-moi ; parmettez que je vous aime. Ah ! mademoiselle, vous vous gaussez, ai-je repris; ce n'est pas moi qui baille les parviléges, c'est moi qui les demande. Et pis vous êtes venu, et j'en avons resté là. Qu'est-ce que ça signifie?

BLECTRUE.

Cela signifie qu'elle vous aime et qu'elle vous en faisait la déclaration.

BLAISE

Une déclaration d'amour à ma parsonne ! et n'y a-t-il pas de mal à ça?

BLECTRUE.

Nullement. Comment donc ! c'est la loi du pays qui veut qu'on en use ainsi.

BLAISE

Allons, allons, vous êtes un gausscux.

SPINETTE

Monsieur Blectrue aime à rire.

BLECTRUE.

Non, certes, je parle sérieusement.

Mais dans lé fond, en France cela commencé à s'étavlir.

BLECTRUE.

Vous voudriez que les hommes attaquassent les femmes ! Et la sagesse des femmes y résisteraitelle?

FONTIGNAC.

D'ordinaire effectibément elle n'est pas robuste.

BLAISE

Morgue ! ça est vrai, on ne voit partout que des sagesses à la renvarse.

BLECTRUE.

Que deviendra la faiblesse si la force l'attaque?

BLAISE

Adieu la voiture.

BLECTRUE.

Que deviendra l'amour, si c'est le sexe le moins fort que vous chargez du soin d'en surmonter les fougues ? Quoi I vous mettrez la séduction du côté des hommes, et la nécessité de la vaincre du côté des femmes I Et si elles y succombent, qu'avezvous à leur dire? C'est vous en ce cas qu'il faut déshonorer, et non pas elles. Quelles étranges lois que les vôtres en fait d'amour! Allez, mes enfants, ce n'est pas la raison, c'est le vice qui les a faites; il a bien entendu ses intérêts. Dans un pays où l'on a réglé que les femmes résisteraient aux hommes, on a voulu que la vertu n'y servit qu'à ragoûter les passions, et non pas à les soumettre.

BLAISE

Morgue! les femmes n'ont qu'à venir, ma force les attend de pied farme. Ailes varront si je ne voulons de la vartu que pour rire.

SPINETTE

Je vous avoue que j'aurai bien de la peine à m'accoutumer à vos usages, quoique sensés.

L'ILE DE LA RAISON, ACTE II, SCÈNE VL

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