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SCÈNE II

MÉGISTE, FONTIGNAC, BLAISE, SPINETTE,

LE MÉDECIN

MÉGISTE.

Messieurs, voilà un de vos camardes qui m'a demandé en grâce de vous l'amener pour vous voir.

BLAISB.

Eh I où est-il donc?

FONTIGNAC

Je né l'aperçois pas non plus.

L'ILE DE LA RAISON, ACTE II, SCÈNE IL

LE MÊDECtN.

Me voilà.

BLAISB.

Ah ! je voyais queuquc chose qui se remuait ]à ; mais je ne savais pas ce que c*était. Je pense que c'est Doute médecin.

LE MÉDECIN

Lui-même.

SPLNETTE.

Allons, mes amis, il faut tâcher de le tirer d'affaire.

LE MéOECIN.

Eh! mademoiselle, je ne demande pas mieux; car, en vérité, c'est quelque chose de bien affreux que de rester comme je suis, moi qui ai du bien, qui suis riche et estimé dans mon pays.

FONTIGNAG.

décomptez pas Testimé dé ces fous.

LE MEDECin.

Mais faudra-t-il que je demeure éloigné de chez moi, pauvre, et sans avoir de quoi vivre?

DIJ^ISE.

Taisez vous donc, gourmand. Estrce que la pilance vous manque ici?

LE MÉDECIN

Non; mais mon bien, que deviendra-t-il?

BLàISR.

Queu pau^vreté avec son bian ! c'est comme un enrant qui c rie après sa poupée. Tenez, un pourpoint, des vi vres et delà raison, quand un homme a ça, le velà garni pour son été et pour sonhivar ; k velà fourré comme un manchon. Vous varrez, TOUS varrez.

SPINETTE

Dites-lui ce qu'il faut qu'il fasse pour redevenir comme il était.

Voulez-vous que ce soit moi qui le traite?

FONTIGNAC.

Sans douté ; l'honnur bous appartient ; bous êtes ié doyen dé tous,

BLAISK.

Eh! morgue, pus d'honneur, je n'en voulons pos tàter; et je sais bian que je ne sis qu'un pauvre réchappé des petites-maisons.

FONTIGNAC.

Remettons donc cet estropié d'esprit entré les fflafos dé mademoiselle Spi nette.

SPINETTE

Moi, messieurs ! c'est à moi de me taire où vous êtes.

LE MÉDECIN

Eh ! mes amis, voilà des complimen ts bien longs pour on homme qui souffre.

BLAISE

Oh! dame, il faut que l'humilité marche entre iiOQs; je nous mettons bas pour rester haut. Çà vous passe, mon mignon ; et j'allons, puisque ma compagnée Tordonne, vous apprendre à devenir

grand garçon et le tu auten de voutp petitesse: mais je vas être brutal, je vous en avartis ; faut que j'assomme voûte rapetissement avec des in-' jures : demandez pu(6t aux camarades?

FONTIGNAC

Oui, botré santé en dépend.

LE MÉDECIN

Quoi I tout votre secret est de me dire des injures? Je n'en veux point.

BLAISE

•Oh bian ! gardez donc vos quatre pattes.

SPINETTE

Mais essayez, petit homme, essayez.

LE MÉDECIN

Des injures à un docteur de la faculté !

BLAISE

Il n'y a ni docteur ni doctraine; quand vous seriez apothicaire.

LE MÉDECIN

Voyons donc ce que c'est.

I FONTIGNAC

Bon, je bous félicité du parti que bous prenez. Mademoiselle Spinetlé, laissons faire maitré VJaisé, et 1 écoutons.

BLAISE

Premièrement il faut commencer par vous dire que vous êtes un sot d'être médecin.

LE MÉDECIN

Voilà un paysan bien hardi.

BLAISE

Hardi! je ne sis pas entre vos mains. Dites-moi, sans vous fâcher, étiez-vous en ménage, aviez- vous femme là-bas?

LE MÉDECIN

Non, je suis veuf; ma femme est morte à vingtcinq ans d'une fluxion de poitrine.

BLAISE

Maugré la doctraine de la faculté?

LE MÉDECIN

U ne me fut pas possible de la réchapper.

BLAISE

Avez-vous des enfants?

LE MÉDSaN.

Non.

BLAISE

Ni en bian ni en mal?

LE MÉDECIN

Non^ vous dis-je. J'en avais trois ; et ils sont morts de la petite vérole, il y a quatre ans.

BLAISE

Peste soit du docteur! et de quoi guarissiez-' vous donc le monde?

LE MÉDECIN

Vous avez beau dire, j'étais plus couru qu'un autre.

BLAISE

C'est que c'était pour ladarnière fois qu'on courait. Eh! ne dites-vous pas qu'ous êtes riche?

L'ILE DE LA RAISON, ACTE II, SCÈNE IIL

Sans doute.

LE MEO)vaN.

BL.USB.

Ehl mais, morgue, pisque vous n^avez pas bcde gagner voûte vie en tuant le monde, vous avez donc tort d'être médecin. Encore est-ce quand c'est la pauvreté qui oblige à tuer les gens; mais quand en est riche, ce n'est pas la peine; et je continue toujours à dire qu'ous êtes un sot, et que, si vous voulez grandir, faut laisser les gens mourir tout seuls.

LE MÉDECIN

Mais enfin...

FONTIGNAC.

Cadédis! bous né tuez pas mieux qu'il raisonne.

SPINETTR.

Assurément.

LE MÉDECIN, en cotbre,

Ahl je m'en vais. Ces animaux-là se moquent de moi.

11 n'a pas laissé que d'être frappé ; il y reviendra.

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