SCÈNE VIII
LA COMTESSE, PARMENÉS.
PARMENCS.
Je suis charmé, madame, des noms caressants que ma sceur tous donne, et de Tamitié qui commcace si bien entre vous deux.
LA COMTESSE
Je n*ai rien vu de si aimable qu'elle, et... toute sa famille lui ressemble.
P4RMBNÈS.
Nous vous sommes obligés de ce sentiment; mais vous avez, dit-on, un secret à me confier.
LA COMTESSE soupire.
Eh! oui.
PABMENBS.
De quoi s'agit-il, madame? Serait-ce quelque service que je pourrais vous rendre? Il n'y a personne ici qui ne s'empresse à vous être utile.
LA COMTESSE
Vous avez bien de la bonté.
PARMBIféS.
Partez hardiment, madame.
LA COMTESSE
Les lois de mon pays sont bien différentes des vôtres.
PARMENÈS.
Sans doute que les nôtres vous paraissent préférables?
LA COMTESSE
Je sois pénétrée de leur sagesse ; mais...
PARMENÂS.
Quoil madame? achevez.
LA COMTESSE
Jetais accoutumée aux miennes, et Ton perd difficilement de mauvaises habitudes.
PARMENES.
Dès que la raison les condamne, on ne saurait y renoncer trop tôt.
LA COMTESSE
Cela est vrai, et personne ne m'engagerait plus ^ite à y renoncer que vous.
PARMENÂS.
Voyons ; puis-je vous y aider? Je me prête autant que je puis à cette difficulté qui vous reste eacore.
LA COMTESSE
Vous la nommez bien; elle est vraiment diffiralté. Mais, prince, ne pensez-vous rien, vousmême?
parmenAs.
Nous autres hommes, ici, nous ne disons point ce que nous pensons.
LA COMTESSE
Faites pourtant réflexion que je suis étrangère, comme on vous l'a dit. Il y a des choses sur lesquelles je puis n'être pas encore bien affermie.
PARMENÈS.
Eh! quelles sont-elles? Donnez-m'en seulement ridée; aidez-moi à savoir ce que c'est.
LA COMTESSE
Si j'avais de l'inclination pour quelqu'un, par exemple?
PARMENÉS.
Eh bien! cela n'est pas défendu : l'amour est un sentiment naturel et nécessaire ; il n'y a que les vivacités qu'il en faut régler.
LA COMTESSE
Mais cette inclination, on m'a dit qu'il faudrait que je l'avouasse à celui pour qui je l'aurais.
PARMENÈS.
Nous ne vivons pas autrement ici; continuez, madame. Avez-vous du penchant pour quelqu'un?
LA COMTESSE
Oui, prince.
PARMENÈS.
Il y a toute apparence qu'on n'y sera pas insensible.
'LA COMTESSE
Me le promettez -vous?
PARMENÈS.
On ne saurait répondre que de soi.
LA COMTESSE
Je le sais bien.
PARMENÈS.
Et j'ignore pour qui votre penchant se déclare.
LA COMTESSE
Vous voyez bien que ce n'est pas pour un autre. Ah !
PARMENÈS.
Cessez de rougir, madame ; vous m'aimez et je vous aime. Que la franchise de mon aveu dissipe la peine que vous a faite le vôtre.
LA COMTESSE
Vous êtes aussi généreux qu'aimable.
PARMENÈS.
Et vous, aussi aimée que vous êtes digne de l'être. Je vous réponds d'avance du plaisir que vous ferez à mon père quand vous lui déclarerez vos sentiments. Rien ne lui sera plus précieux que l'état où vous êtes, et que la durée de cet état par votre séjour ici. Je n'ai plus qu'un mot à vous dire, madame. Vous et les vôtres, vous m'appelez prince, et je me suis fait expliquer ce que ce mot-là signifie; ne vous en servez plus. Nous ne connaissons point ce titre-là ici ; mon nom est Parmenës, et l'on ne m'en donne point d'autre. On a bien de la peine à détruire l'orgueil en le combattant. Que deviendrait-il, si on le flattait?
L'ILE DE LA RAISON, ACTE III, SCÈNE IL
Il serait la source de tous les maux. Surtout que le ciel en préserve ceux qui sont établis pour commander, eux qui doivent avoir plus de vertus que les autres, parce qu'il n'y a point de justice contre leurs défauts 1