BLA18B
Tenez, il m*est obligé, ce dit-il. Y a-t-il rian de si honnête? il n'est déjà pus si glorieux, comme dans ce vaissiau où il ne me regardait pas. Morgue ! ça me va au cœur : allons, qu'en se mette à genoux tout à Theure pour li demander pardon, et qu'en se baisse bian bas pour être à son niviau.
LB COURTISAN
Qu'il ne m'approche pas.
BLAISB, à Fonttgnae,
Mais, malheureux ; que li avez-vous donc dit, pour le rendre si rancunier?
FONTIGNAG.
Il né m'a pas donné lé temps, bous dis-jé. Quand bous êtes bénu, je né faisais que peloter; je lé préparais.
BIAI8B, au courtiêan.
Faut que j'accommode ça moi-même; mais comme je ne savons pas voûte vie, je le requiens tant seulement pour m'en bailler la copie. Vous le voulez bian? Je manierons ça tout doucettement, à celle fin que ça ne vous apporte guère de confusion. Allons^ Monsieur de Fontignac, s'il y a des bêtises dans son histoire, qu'en les raconte bian honnêtement. Où en étiez-vous ?
LB COURTISAN
Je ne saurais souffrir qu'il parle davantage.
BLAISB.
Je ne prétends pas qu'il vous parle à vous, car il n'en est pas digne; ce sera à moi qu'il parlera à l'écart.
FONTIGNAC
J'allais tomver sur les emprunts dé monsieur.
LE COURTISAN
Et que t'importent mes emprunts, dis ?
BLAISB, au courtUan,
Ne faites donc semblant de rian. {A Fontignac.) Vous rapportez des emprunts : qu'est-ce que ça fait, pourvu qu'on rende?
FONTIGNAG.
Sans douté ; mais il était trop généreux pour payer ses dettes.
BLAISB.
Tenez, cH'étourdi qui reproche aux gens d'être généreux I {Au couritscrn.) Stapendant je n'entends pas bian cet acabit de générosité-là; aile a la philoflomie un peu friponne.
LB COURTISAN
Je ne sais ce qu'il veut dire.
FONTIGNAG.
Je m'explique : c'est que monsieur abait ié cœur grand.
BLAISB.
Le cœur grandi est-ce que tout y tenait, le bian de son prochain et le sian?
Tout juste. Les grandes âmes donnent tout, et né restituent rien, et la novlessé dé la sienne étouffait sa justice.
BLAISB, au eourtUan, Ehl j'aimerais mieux que ce fût la justice qui eût étouffé la noblesse.
FONTIGNAG.
D'autant plus que cette novlessé est causé que l'on raflé la tavlé dé ses créanciers pour entretenir la magnificence dé la sienne.
BLAISB, au courlitan.
Qu'est-ce que c'est que cette avaleusede magnificence? ça ressemble à un brochet dans un étang. Vous n'avez pas été si méchamment goulu que ça peut-être?
LB COURTISAN, triste.
J'ai fait tout ce que j'ai pu pour éviter cet inconvénient-là.
BLAISB.
Huml vous varrez qu'ous aurez grugé queuque poisson.
FONTIGNAC.
Là-vas si bous l'abiez bu caresser tout lé monde, et berviager des compliments, promettre tout et né tenir rien!
LB COURTISAN
J'entends tout ce qu'il dit.
BLAISB.
C'est qu'il parle trop haut. U me chucbotle qu'ous étiez un donneur de galbanum; mais il ne sait pas qu'ous l'entendez.
FONTIGNAG.
Que dités-bous dé ces gens qui n'ont que des mensonges sur lé bisagé?
BLAISB, au courtisan.
Morgue I je vous en prie, ne portez pus comme ça des bourdes sur la face.
FONTIGNAG.
Des gens dont les yeux ont pris l'arrangement dé dire à tout lé mondé : Je bous aimé.
BLAISB, au courtisan.
Ça est-il vrai que vos yeux ont arrangé de vendre du noir ?
FONTIGNAG.
Des gens enfin qui, tout en emvrassant lé suval terne, né lé boyent seulement pas. Gé sont des caresses machinales, des vras à ressort qui d'euxmêmes biennent à bous sans saboir ce qu'ils font.
BLAISB, au courtitan.
Ah 1 ça me fâche. Il dit que vos bras ont un res-
L'ILE DE LA RAISON, ACTE III, SCÈNE IV
sorl avec lequel ils embrassont les gens sans le faire exprès. Cassez-moi ce ressort-là ; en dirait d*an tome-broche quand il est monté. .
PONTIGNAC.
Ce sont des paroles qui leur tomvent dé la voucbé; des ritournelles, dont cependant rinférieur ba se bantant, et qui lui donnent lé plaisir d'en débéuir plus sot qu'à l'ordinaire.
BLAISB.
Voilà de soties gens que ces sots-là! Qu'en dites-vous? A-t-il raison?
LE COUBTISAN.
Que veux-tu que je lui réponde, dès qu*il a perdu tout respect pour un homme de ma condition ?
BLAISE
Morgue! Monsieur de Fontignac, ne badinez pas sur la condition.
PONTIGNAC.
Je né parlé que dé l'homme, et non pas du rang.
BLAISB*
Ah! ça est honnête, et vous devez être content de la différence ; car velà, par exemple, un animal chargé de vivres : eh biani les vivres sont bons, je serais bian fâché d'en médire : mais de stî-Ià qui les porte, il n*y a pas de mal à dire que c'est UD animal, n'est-ce pas ?
PONTIGNAC
Si monsieur lé permettait, je finirais par lé récit dé son amitié pour ses égaux.
BLAISB, au eùuriiian.
De l'aiifeiquié? oui-dà, baillez-li cette libarté-là, ça vous ravigotera.
PONTIGNAC.
Un jour bous bous troubiez abec un dé ces messieurs. Je bous entendais bous entréfriponner tous deux. Rien dé plus affétueux que bos témoigoages d'amitié réciproque, ié tâchai dé retenir bos paroles, et j'en traduisis un petit lamveau. Sandis ! lui disiez-bous, je n'estime à la cour personne autant que bous; je m'en fais fort, je lé dis partout, bous débez lé saboir; cadédis, j'aimé Thonnur, et bous en abez. Dé ce discours en boici la traduction : Maudit concurrent dé ma fortuné, je té connais, tu né baux rien ; tu mé perdrais si tu poubais mé perdre, et tu penses que j'en ferais de même. Tu n'as pas tort; mais né lé crois pas, sil est possivlé. Laissé-toi duper à mes expressions. Je mé trabaillé pour en trouber qui té persuadent, et je mé montré persuadé des tiennes. Allons, tâché dé mé croire imvécile, afin dé lé débénir à ton tour; donné-moi ta main, que la mienne la serré. Ah I sandis, que je t'aimé ! Régardé mon bisage et toute la tendresse dont je lé frelaté. Pensé que je t'affectionne, afin dé né mé pins craindre. Dé grâce, maudit fourvé, un peu dé crédulité pour ma mascarade. Permets que je t'endorme, afin que je t'en égorgé plus à mon aisé.
BLAISB.
Tout ça ne voulait donc dire qu'un coup de
coutiau ? Vous avez donc le cceur bien traltreux, vous autres!
LB COURTISAN
Aujourd'hui il dit du mai de moi; a«trefoîs il faisait mon éloga.
PONTIGNAC
Ah! Ié fourvé que j'étais, monsieur 1 je les ai plurésces éloges, je les ai plurés : lé coquin bou? louait, et né bois en estimait pas dabantagé.
Ça est vrai ; il m'a dit qu'il vous attrapait comme un innocent
PONTIGNAC
Je bous verçais, vous dis-jé. Je bous boyais affamé dé duperies, vous en démandiez à tout Ié mondé : donnez-m^en, donnez-m'en. Je bous en donnais, je bous en gonflais, j'étais à même : la fiction mé fournissait mes matières; c'était Ié moyen dé n'en pas manquer*
LB COURTISAN
Ah i que viens-je d'entendre?
PONTIGNAC, à Blatte.
Cet emvarras qui lé prend sérait-il l'abant-courur dé la sagesse*
BLAISB.
Faut savoir ça. {Au eounitanj) Voulez-vous è c't'heure qu'il vous demande pardon? Êtes-vous assez robuste pour ça?
LB COURTISAN
Non, il n'est plus aécessaire. Je ne le trouve plus coupable.
BLAISB.
Tout de bon? {A Fontignac.)C\k}}i\ ne dite^ mot;
regardez aller sa taille, aile court la poste. Ah !
encore un chiquet ; courage ! Que ces courtisans
ont de peine à s'amender! Bon ! le velà à point :
velà le niviau.
[Il le meiure avec lui,)
LB COURTISAN, qui a révé^ leur Und la main à tou$ deux.
Fontignac, et toi, mon ami Biaise, je vous remercie tous deux.
BLAISB.
Oh ! oh ! vous vous amendiez donc en tapinois? Morgue ! vous revenez de loin !
PONTIGNAC
Sandis, j'en suis tout extasié; !1 faut que j.é bous quitté, jiour en porter la noubellé à la fille du goabernur. .
BLAISB, à Foniignae,
C'est bian dit, courez toujours. (Au eourtlion.) Aile vous aimera comme une folle.