LA SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE I, SCÈNE XL
plus que je ne saurais vous le dire, et je suis désolée de voir qu'elle ne veut pas se consoler, qu'elle soupire et pleure toujours. A la fin elle n*y résistera pas. N'entretenez point sa douleur; tâchez même de la tirer de sa mélancolie. Voilà monsieur le comte qui l'aime ; vous le connaissez, il est de vos amis. Madame la marquise n'a point de répugnance à le voir; ce serait un mariage qui conviendrait. Je tâche de le faire réussir; aideznous de votre côté, monsieur le chevalier; rendez ce service à votre ami; servez ma maîtresse ellemême.
LB CHEVALIER
Mais, Lisette, ne me dites-vous pas que madame la marquise voit le comte sans répugnance ?
LE COMTE
Mais, sans répugnance, cela veut dire qu'elle me souffre; voilà tout.
Et qu'elle reçoit vos visites.
LE CHEVALIER
Fort bien ; mais s'aperçoit-elle que vous l'aimez?
LE COMTE
Je crois que oui.
LISETTE
De temps Qp temps, de mon c6(é, je glisse de petits mots, afin qu'elle y prenne garde.
LE CHEVALIER
Mais, vraiment, ces petits mots-là doivent faire un grand eiïet, et vous êtes entre de bonnes mains, monsieur le comte. Et que vous dît la marquise ? Vous répond-elle d'une façon qui promette quelque chose?
LE COMTE
Jusqu'ici elle me traite avec beaucoup de douceur.
LE CHEVALIER
Avec douceur I sérieusement ?
LE COMTE
II me le paraît.
LE CHEVAUER, brusquement.
Mais, sur ce pied-là, vous n'avez donc pas besoin de moi.
C'est conclure d'une manière qui m'étonne.
LE CHEVALIER
Point du tout, je dis fort bien. On voit votre amour, on le souffre; on y fait accueil, apparemment qu'on s'y plaît; et je gâterais peut* être tout, si je m'en mêlais : cela va tout seul.
LISETTE
Je vous avoue que voilà un raisonnement auquel je n'entends rien.
LE COMTE
J'en suis aussi surpris que vous.
LE CHEVAUER.
Ma foi, monsieur le comte, je faisais tout pour le mieux; mais puisque vous le voulez, je parlerai ; il en arrivera ce qu'il pourra : vous le voulez ;
malgré mes bonnes raisons, je suis votre serviteur et votre ami.
LE COMTE
Non, monsieur; je vous suis bien obligé, et vous aurez la bonté de ne rien dire; j'irai mon chemin. Adieu, Lisette, ne m'oubliez pas; puisque madame la marquise a des affaires, je reviendrai une autre fois.