LA SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE VIL
plas flatteur de m'aimer. Le comte, s*il savait ce qui s'est passé, oui, le comte, je suis persuadé qa'il ne voudrait plus de moi.
LUBTN, derrière.
Je ne serais pas si dégoûté.
USBTTB.
Et moi, madame, je dis que le chevalier est un hypocrite ; car si son refus est si sérieux, pourquoi n'a-tril pas voulu servir monsieur le comte, comme je Ten priais? pourquoi m'a-t*il refusée durement, d'un air inquiet et piqué?
LA ICARQUISB.
Qu*est-ce que c'est que d'un air piqué? Quoi ? que vouIez-Yous dire ? Est-ce qu'il était jaloux ? En Toici d'une autre espèce I
LISBTTB.
Oui, madame, je l'ai cru jaloux : voilà ce que c'est ; il en avait toute la mine. Monsieur s'informe comment le comte est auprès de vous, comment vous le recevez : on lui dit que vous souffrez ses visites, que vous ne les recevez point mal. Point mal ! dit-il avec dépit ; ce n'est donc pas la peine que je m'en mêle. Qui est-ce qui n'aurait pas cru là-dessus qu'il songeait à vous pour lui-même ? Voilà ce qui m'avait fait parler, moi : eh ! que saîtr on ce qui se passe dans sa tête? peut-être qu'il vous aime.
LUBCf, derrière^
n en est bien capable.
LA MARQUISB.
Me voilà déroutée; je ne sais plus comment régler ma conduite : car il y en a une à tenir làdedans : j'ignore laquelle, et cela m'inquiète.
HORTBNSIUS.
SI VOUS me le permettez, madame, je vous apprendrai un petit axiome qui vous sera, sur la chose, d'une merveilleuse instruction ; c'est que le jaloux veut avoir ce qu'il aime : or, étant manifeste que le chevalier vous refuse...
LA MARQUISB.
0 me refuse I vous avez des expressions bien grossières : votre axiome ne sait ce qu'il dit; il n'est pas encore sûr qu'il me refuse.
LISBTTB.
D s'en faut bien ; demandez au comte ce qu'il en pense.
LA KARQUISB.
Gomment ! est-ce que le comte était présent ?
LISETTE
n n'y était plus ; je dis seulement qu'il croit que le chevalier est son rival.
LA MARQUISE
Ce n'est pas assez qu'il le croie, ce n'est pas assez ; il faut que cela soit : il n'y a que cela qui puisse me venger de l'affront presque public que m'a fait sa réponse ; il n'y a que cela. J'ai besoin pour réparation que son discours n'ait été qu'un dépit amoureux. Dépendre d'un dépit amoureux ! cela n'est-il pas comique? Assurément, ce n'est
pas que je me soucie de ce qu'on appelle la gloire d*une femme, gloire sotte, ridicule, mais reçue, mais établie, qu'il faut soutenir, et qui nous pare. Les hommes pensent comme cela, il faut penser comme les hommes ou ne pas vivre avec eux : où en sui&-je donc, si le chevalier n'est point jaloux? L'est-ii? ne l'est-il point? On n'en sait rien, c'est un peutrêtre ; mais cette gloire en souffre, toute sotte qu'elle est; et me voilà dans la triste nécessité d'être aimée d'un homme qui me déplatt ; le moyen de tenir à cela ! oh I je n'en demeurerai pas là, je n'en demeurerai pas là. Qu'en dites- vous, monsieur? il faut que la chose s'éclaircisse absolument.
HORTBNSIUS
Le mépris serait suffisant, madame.
LA MARQUISB.
Eh I non, monsieur ; vous me conseillez mal; vous ne savez parler que de livres.
LUBIN
Il y aura du bâton pour moi dans cette affairelà.
USBTTB, pleurant.
Pour moi, madame, je ne sais pas où vous prenez toutes vos alarmes ; on dirait que j'ai renversé le monde entier. On n'a jamais aimé une maîtresse autant que je vous aime : je m'avise de tout, et puis il se trouve que j'ai fait tous les maux imaginables. Je ne saurais durer comme cela : j'aime mieux me retirer ; du moins je ne verrai point votre tristesse, et l'envie de vous en tirer ne me fera point faire d'impertinence.
LA MARQUISE
Il ne s'agit pas de vos larmes; je suis compromise, et vous ne savez pas jusqu'où cela va. Voilà le chevalier qui vient, restez; j'ai intérêt d'avoir des témoins.