‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 214 sur 1238 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE COMTE, LE CHEVALIER

LE CHEVAUEB.

On m*a dit que vous me demandiez ; puis-je vous rendre quelque service, monsieur ?

LE COMTE

Oui , chevalier; vous pouvez véritablement m'obliger.

LE CHEVALIEn.

Parbleu ! si je le puis, cela vaut fait.

LE COMTE

Vous m*avez dit que vous n'aimiez pas la marquise.

LE CHEVAUEB.

Que dites-vous là? Je l'aime de tout mon cœur.

LE COMTE

J*entends que vous n'aviez point d'amour pour elle.

LE CHEVAUEB.

Ah! c'est une autre affaire, et je me suis expliqué là-dessus.

LE COMTE

Je le sais : mais êtes-vous dans les mêmes sentiments? Ne s'agit-il point à présent d'amour, absolument?

LE CHBVALIEB, riant.

Eh! eh 1 eh I mais, en vérité, par où jugez vous qu'il y en ait ? Qu'est-ce que c'est que cette idéelà?

LE COMTE

Moi, je n'en juge point; je vous le demande.

LE CHEVAUEB.

Hum ! vous avez pourtant la mine d'un homme qui le croit.

LE COMTE

Eh bien! débarrassez- vous de* cela; dites-moi oui ou non.

LE CHEVALIBB, riant.

Eh ! eh! eh! monsieur le comte, un homme d'esprit comme vous ne doit point faire de chicane sur les mots; le oui. et le non, qui ne se sont point présentés à moi, ne valent pas mieux que le langage que je vous tiens ; c'est la même chose assurément : il y a entre la marquise et moi une amitié et des sentiments vraiment respectables. Êtes-vous content? Cela est-il net? Voilà du français.

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