LA RÉUNION DES AMOURS, SCENE VI
taire à Mercure? Uae caresse, une vivacité, un transport, quelque petite action.
MERCURE
Ah! vous avez raison; je n'y songeais pas : cela fait un sujet bien plus piquant, plus animé.
Sans comparaison ; et un sujet bien plus à la portée d'être senti. Tout le monde est au fait d'une action.
MERCURE
Oui, tout le monde gesticule.
APOLLON
Et tout le monde ne sent pas. Il y a des cœurs matériels qui n'entendent un sentiment que lorsqu'il est mis sur un canevas bien intelligible.
MERCURE
Off ne leur explique l'âme qu'à la faveur du corps.
APOLLON
Vous y êtes; et il faut avouer que la poésie galante a bien plus de prise en pareil cas. Aujourd'hui, quand j'inspire un couplet de chanson ou quelques autres vers, j'ai mes coudées franches, je suis à mon aise. C'est Philis qu'on attaque, qui combat, qui se défend mal ; c'est un beau bras qu'on saisit, c'est une main qu'on adore et qu'on baise : c'est Philis qui se fâche ; on se jette à ses genoux, elle s'attendrit, elle s'apaise; un soupir lui échappe... Ah ISylvandre... Ah! Philis... Levezvous, je le veux... Quoi! cruelle, mes transports... Finissez; je ne puis; laissez-moi... Des regards, des ardeurs, des douceurs; cela est charmant- Sentez-vous la gaieté, la commodité de ces objetslà? J'inspire là-dessus en me jouant; aussi n'at-on jamais vu tant de poètes.
MERCURE
Et dont la poésie ne vous coûte rien. Ce sont les Philis qui en font tous les frais.
Sans doute : au lieu que si la tendresse allait être à la mode, adieu les bras, adieu les mains; les Philis n'auraient plus de tout cela.
MERCURE
Elles n'en seraient que plus aimables, et sans doute plus estimées. Mais laissez-moi recevoir la Vérité, qui arrive.