MERCURE, APOLLON, LA VÉRITÉ
MERCURE
11 est temps de venir, déesse; l'assemblée va se tenir bientôt.
LA vÉRrrÊ.
^arrive. Je me suis seulement amusée un instant à parler à Minerve sur le choix qu'elle a fait de certains dieux pour la cérémonie dont il est question.
APOLLON
Peut-on vous demander de qui vous parliez, déesse?
LA VÉRITÉ
De qui? de vous.
APOLLON
Cela est net. Et qu'en disiez-vous donc?
LA VÉRITÉ
Je disais... Mais vous êtes bien hardi d'interroger la Vérité. Vous y tenez-vous?
APOLLON
Je ne crains rien. Poursuivez.
MRACURE.
Courage 1
APOLLON
Que disiez-vous de moi?
LA VÉRITÉ
Du bien et du mal, beaucoup plus de mal que de bien. Continuez de m'interroger. Il ne vous en coûtera pas plus de savoir le reste.
APOLLON
Et quel mal y a-t-il à dire du dieu qui peut faire le don de l'éloquence et de l'amour des beaux-arts?
LA VÉRITÉ
Oh ! vos dons sont excellents : j'en disais du bien ; mais vous ne leur ressemblez pas.
APOLLON
Pourquoi?
LA VÉRITÉ
C'est que vous flattez, que vous mentez, et que vous êtes un corrupteur des âmes humaines.
APOLLON
Doucement, s'il vous plaît: comme vous y allez!
LA VÉRITÉ
En un mot, un vrai charlatan.
APOLLON
Arrêtez; car je me fâcherais.
MERCURE
Laissez-la achever; ce qu'elle dit est amusant.
APOLLON
Il ne m'amuse point du tout, moi. Qu'est-ce que cela signifie? En quoi donc mérité-je tous ces noms-là?
LA VÉRITÉ
Vous rougissez; mais ce n'est pas de vos vices; ce n'est que du reproche que je vous en fais.
MERCURE, à Apollon,
N*admirez-vous pas son discernement?
APOLLON
Déesse, vous me poussez à bout.
LA VÉRITÉ
Je vous définis. Vengez-vous en vous corrigeant.
APOLLON
Eh! de quoi me corriger?
LA VÉRITÉ
Du métier vénal et mercenaire que vous faites. Tenez, de toutes les eaux de votre Hippocrène, de votre Parnasse et de votre bel-esprit, je n'en don-