LA RÉUNION DES AMOURS, SCÈNE VIII
nerais pas un fétu, non plas que de vos neuf Muses, qa'oD appelle les chastes sœurs, et qui ne sont que oeuf vieilles friponnes, que vous n'employez qu*à faire du mal. Si vous êtes le dieu de Téloquence, de la poésie, du bel esprit, soutenez donc ces grands attributs avec quelque dignité. Car enûn, n'est-ce pas vous qui dictez tous les éloges flatteurs qui se débitent? Vous êtes si accoutumé à mcnlir que, lorsque vous louez la vertu, vous n'avez plus d'esprit, vous ne savez plus où vous en éles.
MSttCDRE.
Elle n*a pas tout le tort. J'ai remarqué que la fiction vous réussit mieux que le reste.
LA VÉRITÉ
Je vous dis qu'il n'y a rien de si plat que lui quand il ne ment pas. On est toujours mal loué de lui dès qu'on mérite de Têtre. Mais dans le fabuleux, oh ! il triomphe. Il vous fait un monceau de toutes les vertus, et puis vous les jette à la tête : Tiens, prends, enivre-toi d'impertinences et de chimères.
APOLLON
Mais enfln...
LA VÉRITÉ
Mais enfin, tant qu'il vous plaira. Vos cpftres dédlcatoires, par exemple?
MERCURE
Oh! faites-lui grâce là-dessus. On ne les lit point.
LA VÉRFTÉ.
Dans le grand nombre, il y en a quelques-unes que j'approuve. Quand j'ouvre un livre, et que je vois le nom d'une vertueuse personne à la tête, je m'en réjouis: mais j'en ouvre un autre, il s'adresse à une personne admirable; j'en ouvre cent, j'en ouvre mille, tout est dédié àdes prodiges de vertu et de mérite. Et où se tiennent donc tous ces prodiges? Où sont-ils? Comment se fait-il que les personnes vraiment louables soient si rares, et que les épilres dédicatoires soient si communes? Il me les faut pourtant en nombre égal, ou bien vous n'êtes pas un dieu d'honneur. En un mot, il y a mille épftres où vous vous écriez : « Que votre « modestie se rassure, monseigneur. » Il me faut donc mille monseigneurs modestes. Ohl de bonne foi, me les fournirez- vous? Concluez.
APOLLON
Mais, Mercure, approuvez-vous tout ce qu'elle me dit là?
MERCURE. '
Moi? je ne vous trouve pas si coupable qu'elle le croit On ne sent point qu'on est menteur, quand en a l'habitude de l'être.
APOLLON
La réponse est consolante.
LA VÉRITÉ
En un mot, vous masquez tout : et ce qu'il y a de plaisant, c'est que ceux que vous travestissez prennent le masque que vous leur donnez pour
leur visage. Je connais une très-laide femme que vous avez appelée charmante Iris. La folle n'en veut rien rabattre. Son miroir n'y gagne rien -, elle n'y voit plus qu'Iris. C'est sur ce pied-là qu'elle se montre, et la charmante Iris est une guenon qui vous ferait peur. Je vous pardonnerais tout cela, cependant, si vos flatteries n'attaquaient pas jusqu'aux princes; mais pour cet article-là, je le trouve affreux.
MERCURE
Malepeste! c'est l'article de tout le monde.
APOLLON
Quoi 1 dire la vérité aux princes 1
LA VÉRITÉ
Le plus grand des mortels, c'est le prince qui l'aime et qui la cherche; je mets presque à côté de lui le sujet vertueux qui ose la lui dire; et le plus heureux de tous les peuples est celui chez qui ce prince et ce sujet se rencontrent ensemble.
APOLLON
Je l'avoue, il me semble que vous a^ez raison.
LA VÉRITÉ
Au reste, Apollon, tout ce que je vous dis là ne signifie pas que je vous craigne. Vous savez aujourd'hui de quel prince il est question. Faites tout ce qui vous plaira; la Sagesse et moi, nous remplirons son âme d'un si grand amour pour les vertus, que vos flatteurs seront réduits à parler de lui comme j'en parlerais moi-même. Adieu.
APOLLON
C'en est fait; je me rends, déesse, et je me Taccomode avec vous : allons, j« vous consacre mes veilles. Vous fournirez des actions au prince, et je me charge du soin de les célébrer^