‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 242 sur 1238 · LA RÉUNION DES AMOURS, SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

LA RÉUNION DES AMOURS, SCÈNE XIL

CUPIDON

Dites-moi, déesse, ne vaudrait-il pas mieux que nous vous tirassions chacun un petit coup de dard? Vous jugeriez mieux de ce que nous valons par nos coups.

LA VERTU

Cela serait inutile. Je suis invulnérable; et d'ailleurs, je veux vous écouter de sang-froid, sans le secours d'aucune impression étrangère.

MERCURE

C'est bien dit ; point de prévention.

l'amour.

Il est bien humiliant pour moi de me voir tant de fois réduit à lutter contre lui.

CUPIDON

Mon ancien recule ici ! Ses flammes héroïques ont peur de mon feu bourgeois ! C'est le brodequin qui épouvante le cothurne.

l'amour.

Je pourrais avoir peur si nous avions pour juge une âme commune ; mais avec la Vertu, je n'ai rien à craindre.

CUPIDON

Il fait toujours des exordes. Il a pillé celui-ci dans Cléopâtre.

LA VERTU

Qu'importe? allons, je vous entends.

mercure.

Le pas est réglé entre vous; c'est à l'Amour à commencer.

CUPIDON

Sans doute. Il est la tragédie, lui ; moi, je ne suis que la petite pièce. Qu'il vous glace d'abord ; je vous réchaufTerai après.

{Mercure et la Vertu sourient.)

l'amour.

Quoi I met-il déjà les rieurs de son côté ?

LA VERTU

Laissez-le dire. Commencez, je vous écoute.

MERCURE

Motus.

l'amour 9*icarte^ et fait la révérence en approchant de

la Vertu.

Permettez-moi, madame, de vous demander un moment d'entretien. Jusqu'ici mon respect a réduit mes sentiments à se taire.

CUPIDON bâille.

Ah ! ah ! ah !

l'amour.

Ne m'interrompez donc pas.

CUPIDON

Je vous demande pardon ; mais je suis l'Amour : le respect m'a toujours fait bâiller. N'y preuez pas garde.

MERCURE

Ce début me paraît froid.

LA VERTU, A rA mour.

Recommencez.

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