‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 243 sur 1238 · L*AMOUR · texte numérisé non relu

L*AMOUR

Je vous disais, madame, que mon respect a réduit mes sentiments à se taire. Ils n'oat osé se produire que dans mes timides regards ; mais il n'est plus temps de feindre ni de vous dérober votre victime. Je sais tout ce que je risque à vous déclarer ma flamme. Vos rigueurs vont punir mon audace. Vous allez accabler un téméraire; mais, madame, au milieu du courroux qui va vous saisir, souvenez-vous du moins que ma témérité n'a jamais passé jusqu'à l'espérance et que ma respectueuse ardeur...

CUPIDON

Encore du respect 1 voilà mes vapeurs qui me reprennent.

MERCURE

Et les voilà qui me gagnent aussi, moi.

l'amour. Déesse, rendez-moi justice. Vous sentez bien qu'on m'arrête au milieu d'une période assez touchante, et qui avait quelque dignité.

la vertu.

Voilà qui est bien ; votre langage est décent. 11 n'étourdit point la raison. On a le temps de se reconnaître ; et j'en rendrai bon compte.

mercure.

Cela fait une belle pièce d'éloquence ; on dirait d'une harangue.

CUPIDON

Ouî-dà : cette flamme, avec les rigueurs de madame; la témérité qu'on accable à cause de cette audace qui met en courroux, en dépit de l'espérance qu'on n'a point ; avec cette victime qui vient brocher sur le tout : cela est très-beau, très-touchant, assurément.

-l'amour, à Cupidon.

Ce n'est pas votre sentiment qu'on demande. Voulez-vous que je continue, déesse ?

LA vertu.

Ce n'est pas la peine : en voilà assez. Je vois bien ce que vous savez faire. A vous, Cupidon.

mercure.

Voyons.

CUPIDON

Non, déesse adorable, ne m'exposez point à vous dire que je vous aime. Vous regardez ceci comme une feinte; mais vous êtes trop aimable, et mon cœur pourrait bien s'y méprendre. Je vous dis la vérité; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous me touchez. Je me connais en charmes: ni sur la terre ni dans les cieux, je ne vois rien qui ne le cède aux vôtres. Combien de fois n'ai-jc pas été tenté de me jeter à vos genoux I Quelles délices pour moi d'aimer la Vertu, si je pouvais être aimé d'elle! Ehl pourquoi ne m'aimericz-vous pas ? Que veut dire ce penchant qui me porte à vous, s'il n'annonce pas que vous y serez sensible? Je sens que tout mon cœur vous est dû; n'avezvous pas quelque répugnance à me refuser le

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