‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 265 sur 1238 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LISETTE, FRONTIN, un momeni ieuls, LUCILE.

FRONTIN, en riant.

Nous lui avons donné là une bonne petite dose d'émulation ; continuons, ma fille ; le feu prend partout, et le mariage s'en ira en fumée. Adieu, je me retire; voilà ta maîtresse qui accourt; conûrme-Ia dans ses dégoûts. {Il ien va.)

LUCILE

Que se passe-t-il donc ici? Vous parliez bien haut avec ma sœur, et je l'ai vue de loin comme en colère. D'un autre côté, mon père ne me parle point. Qu'avez-vous donc fait? D'où cela vient-il?

LISETTE

Réjouissez-vous, madame; nous vous débarrasserons de Damis.

LUCILE

Fort bien, je gage que ce que vous me dites là me pronostique quelque coup d'étourdie.

Ne craignez rien; vous ne demandez qu'un prétexte légitime pour le refuser, n'est-il pas vrai? Eh bien ! j'ai travaillé à vous en donner un ; et j'ai si bien fait, que votre sœur est actuellement éprise de lui; ce qui nous produira quelque chose.

LUCILE

Ma sœur actuellement éprise de luil Je ne vois pas trop à quoi ce moyen hétéroclite peut m'étre bon. Ma sœur éprise I Et en vertu de quoi le serait-elle? Et d'où vient qu'il faut qu'elle le soit?

USBTTE.

N'est-on pas convenu que Damis ferait la cour à votre sœur? Si avec cela elle vient à l'aimer, vous pouvez vous retirer sans qu'on ait le mot à vous dire; je vous défie d'imaginer rien de plas adroit; écoutez-moi.

LUCILE

Supprimez l'éloge de votre adresse; point de réponse qui aille à côté de ce qu'on vous dcmaade; vous parlez de Damis, ne le quittez point ; finissons ce sujet-là.

USETTB.

J'achève; Frontin était avec moi; votre sœur l'a vu, elle est venue lui parler.

LUCILE

Damis n'est point encore là, et je l'attends.

LISETTE

De quelle humeur étes-vous donc aujourd'hui,

Boni régalez-moi, par-dessus le marché, d'une réflexion sur mon humeur.

LISETTE

Donnez -moi donc le temps de vous parler. Frontin, lui a-t-elle dit, votre maître ne s'adresse qu'à moi, quoique destiné à ma sœur, on croit que j'y contribue, cela me déplaît, et je vous charge de l'en instruire.

LUCILE

Eh bien I que m'importe que ma sœur ait une vanité ridicule? Je la confondrai quand il me plaira.

USETTE.

Gardez-vous-en bien. J'en ai senti tout l'avantage pour vous, de cette vanité-là; je l'ai agacée, je l'ai piquée d'honneur; mon ton vous aurait réjouie.

LUCILE

Point du tout; je le vois d'ici; passez.

LISETTE

Damis est joli de négliger ma maltresse! ai-jc dit en riant.

LUCILE

Lui, me négliger! Mais il ne me néglige point. Où avez-vous pris cela? Il obéit à nos conventions, cela est différent.

LISETTE

Je le sais bien ; mais il faut cacher ce secret-là, et j'ai continué sur le même ton. Le parti qu'il prend est comique, ai-je ajouté. Qu'est-ce que c'est que comique? a repris votre sœur. C'est du divertissant, ai-je dit. Vous plaisantez, Lisette. Je dis mon sentiment, madame. Il est vrai que ma sœur est aimable^ mais d'autres le sont aussi. Je ne connais point ces autres-là, madame. Vous me choquez. Je n'y tâche point. Vous êtes une sotte. J'ai de la peine à le croire. Taisez-vous. Je me tais. Là-dessus elle est partie avec des appas ré*

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