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LES SERMENTS INDISCRETS, ACTE II, SCÈNE VH

voltcs, qui se promettent bien remporter sur les vôtres; qu*en dites-vous?

LUCILE

Ce que j*eQ dis? Que je vous ai mille obligations, que mon affront est complet, que ma sœur triomphe, que j*entends d'ici les airs qu'elle se donne, qu^elle va me croire attaquée de la plus basse jalousie du monde, et qu'on ne saurait être plus humiliée que je le suis.

LISETTE

Vous me surprenez! N'avez-vous pas dit vousmême à Damis de paraître s'attacher à elle?

LUCILE

Vonsconfondez grossièrement les idées, et, dans on petit génie comme le vôtre, cela est à sa place. Damis, en feignant d'aimer ma sœur, me donnait une raison toute naturelle de dire : Je n'épouse point un homme qui parait en aimer une autre. Mais refuser d'épouser un homme, ce n'est pas être jalouse de celle qu'il aime, entendez-vous? Cola change d'espèce ; et c'est cette distinction-là qui vous passe ; c'est ce qui fait que je suis trahie, que je suis la victime de votre petit esprit, que ma sœur est devenue sotte, et que je ne sais plus où j'en suis. Voilà tout le produit de votre zèle, voilà comme on gâte tout quand on n'a point de tête. A quoi m'exposez-vous? Il faudra donc que j'humilie ma sœur, à mon tour, avec ses appas révoltes?

USETTÈ.

Vous ferez ce qu'il vous plaira; mais j*ai cru que le plus sûr était d'engager votre sœur à aimer Damis, et peut-être Damis à l'aimer, afin que vous eussiez raison d'être fâchée et de le refuser.

LUULE.

Quoi ! vous ne sentez pas votre impertinence, dans quelque sens que vous la preniez? Eh! pourquoi voulez-vous que ma sœur aime Damis? Pourquoi travailler à l'entêter d'un homme qui ne Taimera point? Vous a-t-on demandé cette perfidie-là contre elle? Est-ce que je suis assez son ennemie pour cela? Est-ce qu'elle est la mienne? Est-ce que je lui veux du mal? Y a-t-il de cruauté pareille au piège que vous lui tendez? Vous faites le malheur de sa vie, si elle y tombe; vous êtes donc méchante? vous avez donc supposé que je létais? Vous me pénétrez d'une vraie douleur pour elle. Je ne sais s'il ne faudra point l'avertir; car il n'y a point de jeu dans cette affaire-ci. Damis lui-même sera peut-être forcé de l'épouser malgré lui : c'est perdre deux personnes à la fois; ce sont deux destinées que je rends funestes; c'est un reproche éternel à me faire, et je suis désolée.

LISETTE

Eh bien! madame, ne vous alarmez point tant; allez, consolez-vous ; car je crois que Damis l'aime, et qu'il s'j livre de tout son cœur.

LUCILE

Oui-dà! Voilà ce que c'est; parce que vous ne

savez plus que dire, les cœurs à donner ne vous coûtent plus rien ! vous en faites bon marché, Lisette I Mais voyons, répondez-moi ; c'est votre conscience que j'interroge. Si Damis avait un parti à prendre, doutez-vous qu'il me préférât à ma sœur? Vous avez dû remarquer qu'il avait moins d'éloigncment pour moi ue pour elle, assurément.

LISETTE

Non, je n'ai point fait cette remarque-là.

LUCILE

Non? Vous êtes donc aveugle, impertinente que vous êtes? Du moins mentez sans me manquer de respect.

LISETTE

Ce n'est pas que vous ne valiez mieux qu'elle; mais tous les jours on laisse le plus pour prendre le moins.

LUCILE

Tous les jours! Vous êtes bien hardie de mettre l'exception à la place de la règle générale.

LISETTE

Oh ! il est inutile de tant crier; je ne m'en mêlerai plus; accommodez-vous; ce n'est pas moi qu'on menace de marier, et vous n'avez qu'à dire vos raisons à ceux qui vieunent; dcfendez-vous à

votre fantaisie.

{Elle tort.)

LUCILE, teulc.

Hélas ! tu ne sais pas ce que je souffre, ni toute la douleur et le penchant dont je suis agitée!

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