LUCILE, DAMIS, LISETTE, FRONTIN
LUCILE
J'ai à vous parler pour un moment, Damis ; notre entretien sera court; je n'ai qu'une question à vous faire, vous qu'un mot à me répondre ; et puis je vous fuis, je vous laisse.
DAHIS.
Vous n'y serez point obligée, madame, et j'aurai soin de me retirer le premier. * (A part.) Eh bien,
LUCILE
Le premier ou le dernier; je vous donne la préférence. Étes-vous si gêné? Retirez-vous tout à l'heure; Lisette vous rendra ce que j'ai à vous dire.
DAMIS, se retirant.
Je prends' donc ce parti comme celui qui vous convient le mieux, madame.
LUCILE
Qu'il s'en aille; l'arrêtera qui voudra.
LISETTE
Eh mais ! vous n'y pensez pas ; revenez donc, monsieur; est-ce que la guerre est déclarée entre vous deux?
DAMIS
Madame débute par m'annoncer qu'elle n'a qu'un mot à me dire, et puis qu'elle me fuit; n'estce pas m'insinuer qu elle a de la peine à me voir?
LUCILE
Si vous saviez l'envie que j'ai devons laisserlàl
DAMIS
Je n'en doute pas, madame : mais ce n*est pas à présent qu'il faut me fuir; c'était dès le premier instant que vous m'avez vu, et que je vous déplaisais, qu'il fallait le faire.
LUCILE
Vous fuir dès le premier instant! Pourquoidonc, monsieur? Cela serait bien sauvage; on ne fuit point ici à la vue d'un homme.
LISETTE
Mais quel est le travers qui vous prend à tous deux? Faut-il que des personnes qui se veulent du bien se parlent comme si elles ne pouvaient se souffrir? Et vous, monsieur, qui aimez ma maîtresse... car vous l'aimez, je gage... {Elle /ait signe
à Damit,)
LUCILE
Que vous êtes sotte! Allez, visionnaire, allez perdre vos gageures ailleurs. A qui en veut-elle?
LISETTE
Oui, madame,je sors; mais, avant que départir, il faut que je parle. Vous me demandez à qui j'en veux? A vous deux, madame, à vous deux. Oui, je