‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 285 sur 1238 · LES SERMENTS INDISCRETS, ACTE III, SCENE VIII · texte numérisé non relu

LES SERMENTS INDISCRETS, ACTE III, SCENE VIII

Tondrais de tout mon cœur ôter à monsieur qui se tait, et dont le silence m*agite le sang, je voudrais lui ôter le scrupule du ridicule engagement qu'il a pris avec tous, que je me repens de vous avoir laissés prendre, et dont vous souffrez autant ]*un que l'autre. Pour vous, madame, je ne sais pas comment vous l'entendez; mais si jamais un homme avait fait serment de ne pas me dire je vous aime, oh! je ferais serment qu'il en aurait le démenti ; il saurait le respect qui me serait dû; je n y épargnerais rien de tout ce qu'ily a de plus dangereux, de plus fripon, de plus assassin dans l'honnête coquetterie des mines, du langage et du coup d'œil. Voilà à quoi je mettrais ma gloire, et non pas à me tenir douloureusement sur mon quant-à-moi, comme vous faites, et à me dire : Voyons ce qu'il dit, voyons ce qu'il ne dit pas; qu'il parle, qn'il commence ; c'est à lui, ce n'est pas à moi; à répéter toujours, mon sexe, ma fierté, les bienséances, et mille autres façons inutiles avec monsieur qui tremble, et qui a la bonté d'avoir peur que son amour ne vous alarme et ne vous fâche. De l'amour nous fâcher! De quel pays venezvous donc? Eh! mort de ma vie, monsieur, fâchez hardiment; faites-nous cet honneur; courage, attaquez-nous; cette cérémonie-là fera votre fortune, et vous vous entendrez: car jusqu'ici on ne voit goutte à vos discours à tous deux; il y a du oui, du non, du pour, du contre ; on fuit, on revient, on se rappelle, on n'y comprend rien. Adieu, fai tout dit; vous voilà débrouillés; profilez-en. Allons, Frontin.

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