LES SERMENTS INDISCRETS, ACTE V, SCÈNE IV
raimiezy assurément; je sais bien qu'elle est aimable, et, si TOUS ne Taimiez pas, j'en serais trèsfàcbée ; mais qu'on n'aime qu'elle, qu'on ne songe qu'à elle, qu'on la marie aux dépens du peu d'estime qu'on pouvait faire de mon esprit, de mon cœur, de mon caractère, je vous avoue^ mon père, que cela est bien triste, et que c'est me faire payer bien chèrement son mariage.
M. ORGON
Hais que veux-tu dire? Tout ce que j'y vois, moi, c'est qu'elle est ta cadette, et qu'elle épouse un homme qui t'était destiné ; mais ce n'est qu'à ton refus. Si tu avais voulu de Damîs, il ne serait pas à elle, ainsi te voilà hors d'intérêt; et, dans le fond, ton cœur t'a bien conduit; Damiset toi vous n'étiez pas nés l'un *pour l'autre. Il a plu sans peine à ta sœur; nous voulions nous allier, monsieur Ergaste et moi, et nous profilons de leur penchant mutuel ; c'est te débarrasser d'un homme que tu u'aimes point, et tu dois en être charmée.
LUCILB.
Enfin, je n'ai rien à dire, et vous êtes le maître; mais je devais l'épouser. Il n'était venu que pour moi, tout le monde en est informé; je ne l'épouse point, tout le monde en sera surpris. D'ailleui^, je pouvais quelque jour vouloir me marier moimême, et me voilà forcée d'y renoncer.
U. ORGOX.
D'y renoncer, dis-tu? Qu'est-ce que c'est que cette idée-là ?
LUCILE
Oui, me voilà condamnée à n'y plus penser; on ne revient jamais de l'accident humiliant qui m'arrive aujourd'hui; il faut désormais regarder mon cœur et ma main comme disgraciés; il ne s'agit plus de les offrir à personne, ni de chercher de nouveaux affronts; j'ai été dédaignée, je le serai toujours, et une retraite éternelle est l'unique parti qui me reste à prendre.
u. ORGO!^.
Ta es folle ; on sait que tu as refusé Damis; encore une fois, il le publie lui-même, et tout le risque que tu cours dans cette affaire-ci c'est de passer pour avoir le goût bizarre, voilà tout ; ainsi, tranquillise-toi, et ne va pas toi-même, par un mécontentement malentendu, te faire soupçonner des sentiments que tu n'as point. Voici ta sœur qui vient nous joindre, et à qui j'avais donné ordre de le parler; et je te prie de la recevoir avec amitié.