‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 311 sur 1238 · PHÉNICE, LUCILE, M. ORGON · texte numérisé non relu

PHÉNICE, LUCILE, M. ORGON

M. ORGON

Approchez, Phénice; votre sœur vient de me dire lesmotirs de son dégoût pour votre mariage. Quoique Damis ne lui convienne point, on sait

qu'il était venu pour elle, et elle croyait qu'on pouvait mieux faire que de vous le donner ; mais elle ne songe plus à cela, voilà qui est fini.

PHÉNICB.

Si ma sœur le regrette, et que Damis la préfère il est encore à elle ; je le cède volontiers, et n'en murmurerai point.

LUCILE

Ayez, ma sœur, un peu moins de confiance. S'il vous entendait, j'aurais peur qu'il ne vous prît au mot.

PHÉNICE

Oh ! non, je parle à coup sûr ; il n'y a rien à craindre ; je lui ai répété plus de vingt fois ce que Je vous dis là.

LUCILE

Ah 1 si vous n'avez rien risqué à lui tenir ce discours, vous m'en avez quelque obligation *, mes manières n'ont pas nui à la constance qu'il a eue pour vous.

PHÉNICE

Laissez-moi pourtant me flatter qu'il m'a choisie.

LUCILE

Et moi je vous dis qu'il est mieux que vous ne vous en flattiez pas, mademoiselle ; vous en serez plus attentive à lui plaire, et son amour aura besoin de ce secours-là.

M. ORGON

Qu'est-ce que c'est donc que cet air de dispute que vous prenez entre vous deux? Est-ce là comme vous répondez aux soins que je me donne pour vous voir unies ?

Mais vous voyez bien qu'on le prend sur un ton qui n'est pas supportable.

PHÉNICE

Eh ! que puis-je faire de plus que de renoncer à Damis, si votre cœur le souhaite ?

LUCILE

On vous dit que si mon cœur le souhaitait, on n'aurait que faire de vous, et que la vanité de vos offres est bien inutile sur un objet qu'on vousôterait avec un regard, si on en avait envie ; en voilà assez, finissons.

M. ORGON

La jolie conversation ! Je vous croyais à toutes deux plus de respect pour moi.

PHÉNICE

Je ne dirai plus mot; je n'étais venue que dans le dessein d'embrasser ma sœur, et j'y suis encore prête si ses sentiments me le permettent.

LUCILE

Ahl qu'à cela ne tienne. (Elles s*embrastcm,)

M. ORGON

Eh bien! voilà ce que je demandais; allons, mes enfants, réconciliez-vous, et soyez bonnes amies: voici Damis qui vient fort à propos.

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