LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ, ACTE II, SCÈNE III
mun, Dorante, pas le sens commttn; deux heures que je m*enlrelieas avec une marquise qui se tient d'un droit, qui a des gravités, qui prend des mines d'une dignité ! avec une petite baronne si folichonne, si remuante, si méthodiquement clourdie I avec une comtesse si franche, qui m'estime tant, qui est de si bonne amitié! avec une autre qui est si mignonne, qui a de si jolis tours de tête, qui accompagne ce qu'elle dit avec des mains si pleines de grâces! une autre qui glapit si spirituellement, qui traîne si bien ses mots, qui dit si souvent, mats madame; cependant, madame; il me parait pmiriani; et puis un bel esprit si diffus, si éloquent! une jalousie si difficile en mérite et si peu touchée du mien, si intriguée de ce qu'on m'en trouvait! enfin un agréable qui m'a fait des phrases, mais des phrases d'une perfection! qui m'a déclaré des sentiments qu'il n'osait me dire, mais des sentiments d'une délicatesse assaisonnée d'un respect que j'ai trouvé d'une fadeur! d'une fadeur!...
DORANTE
Oh ! on respecte beaucoup ici ; c'est le ton de la province. Mais vous cherchea Rosimond, madame?
DORIMÉNE.
Oui ; c'est un étourdi à qui j'ai à parler tête à tête, et, grâce à tous ces originaux qui m'ont obsédée, je n'en ai pas encore eu le temps: il nous a quittés. Où est-il ?
DORANTE
Je pense qu'il écrit à Paris, et je sors d'avoir un entretien avec sa mère.
DORIMÈNB.
Tant pis, cela n'est pas amusant ; il vous en reste encore un air froid et raisonnable, qui me gagnerait si nous restions ensemble. Je vais faire un tour sur la terrasse; allez. Dorante, allez dire à Rosimond que je l'y attends.
DORANTE
Un moment , madame ; je suis chargé d'une petite commission pour vous ; c'est que je vous avertis que la marquise ne trouve pas bon que vous entreteniez le marquis.
DORtMÂNE.
Elle ne le trouve pas bon ! Eh bien ! vous verrez que je l'en trouverai meilleur.
DORANTE
Je n'en ai pas douté; mais ce n'est pas là tout ; je suis encore prié de vous inspirer l'envie de partir.
DORIMÈNE
Je n'ai jamais eu tant d'envie de rester.
DORANTE
Je n'en suis pas surpris ; cela doit faire cet eiïet-là.
DORIMKNE.
Je commençais à m'ennuyer ici, je ne m'y ennuie plus ; je m'y plais, je l'avoue ; sans ce discours de la marquise, j'aurais pu me contenter de
défendre à Rosimond de .se marier, comme ]e l'avais résolu en venant ici ; mais on ne veut pas que je le voie, on souhaite que je parte? il m'épousera.
DORANTE
Gela serait très-plaisant.
DORIMÉNE.
Oh ! il m'épousera. Je pense qu'il n'y perdra pas. Et vous, je veux aussi que vous nous aidiez à le débarrasser de cette petite fille. Je me propose un plaisir infini de ce qui vaarriver; j'aime à déranger les projets; c'est ma folie, surtout quand je les dérange d'une manière avantageuse. Adieu; je prétends que vous épousiez Horlense, vous. Voilà ce que j'imagine; réglez-vous là-dessus, entendez-vous ? Je vais trouver la marquise.
DORANTE, pendant qu'elle part»
Puisse la folle me dire vrai I