‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 332 sur 1238 · LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ, ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ, ACTE II, SCÈNE III

eoi pour me marier, qu'a-t-elle fait ? Elle a une terre à quelques lieues de la leur, elle y est venue ; et à peine arrivée, elle m*a écrit, par un exprès, qa'elJe tenait ici, et que je la verrais une heure après sa lettre ; cette lettre est celle que j*ai perdue.

DORANTE

Oai, j'étais chez elle alors, et j'ai tu partir Fexprësqui nous a précédés ; mais enfin c*est une trèsaimable femme, et qui t'aime beaucoup.

ROSIMOND.

Teo conviens. Il faut pourtant que tu m'aides à lui faire entendre raison.

DORANTE

Pourquoi donc? Tu l'aimes aussi apparemment, etcela n'est pas étonnant.

J'ai encore quelque goût pour elle; elle est vive, emportée, étourdie, bruyante. Nous avons lié une petite affaire de cœur ensemble, et il y a deux mois que cela dure ; deux mois, le terme est hon- Déte; cependant aujourd'hui elle s'avise de se piquer d'une belle passion pour moi. Ce mariageci lui déplaît, elle ne veut pas que je l'achève ; et de vingt galanteries qu'elle a eues en sa vie, il faut que la nôtre soit la seule qu'elle honore de cette opiaiàtreté d'amour ; il n'y a que moi à qui cela arrive!

DORANTE

Te voilà donc bien agité! Quoi! tu crains les conséquences de l'amour d'une jolie femme, parce que tu te maries! Tu as de ces sentiments bourgeois^ toi, marquis ? Je ne te reconnais pas ! Je te croyais plus dégagé que cela ; j'osais quelquefois entretenir Hortense; mais je vois bien qu'il faut qoe je parte, et je n'y manquerai pas. Adieu.

ROSIMOND.

Venez, venez ici. Qu'est-ce que c'est que cette fanUisie-là ?

DORANTE

Elle est sage. H me semble que la marquise ne me voit pas volontiers ici, et qu'elle n'aime pas à me trouver en conversation avec Hortense, et je te demande pardon de ce que je vais te dire; mais il ma passé dans l'esprit que tu avais pu l'indisposer contre moi, et te servir de sa méchante humeur pour m'insinuer de m'en aller.

ROSIMOND.

Mais, oui-dà, je suis peut-être jaloux ? Ma façon àt vivre, jusqu'ici, m'a rendu fort suspect de cette petitesse? Débitez-la, monsieur, débitez-la dans le monde. En vérité, vous me faites pitié. Avec cette opinion-là sur mon compte, valez-vous la peine qu'on vous désabuse ?

Je puis en avoir mal jugé; mais ne se trompe- (-00 jamais ?

ROSIMOND.

Moi qui vous parie, suis-jc plus à l'abri de la

méchante humeur de ma mère? Ne devrais-je pas, si je l'en crois, être aux genoux d'Hortense, et lui débiter mes langueurs? J'ai tort de n'aller pas, une houlette à la main, l'entretenir de ma passion pastorale ; elle vient de me quereller tout à l'heure, de me reprocher mon indifférence; elle m'a dit des injures, monsieur, des injures; m'a traité de fat, d'impertinent, rien que cela ; et puis je m'entends avec elle !

DORANTE

Ah ! voilà qui est fini, marquis ; je désavoue mon idée, et je t'en fais réparation.

ROSIMOND.

Dites-vous vrai ? Êtes- vous bien sûr au moins que je pense comme il faut ?

DORANTE

Si sûr à présent, que si tu allais te prendre d'amour pour cette petite Hortense dont on veut faire ta femme, tu me le dirais, que je n'en croirais rien.

ROSIMOND.

Que sait-on ? Il y a à craindre, à cause que je l'épouse, que mon coeur ne s'enflammeet ne prenne la chose à la lettre !

Je suis persuadé que tu n'es point fâché que je lui en conte.

ROSIMOND.

Ah ! si fait, très-fàché ; j'en boude, et, si vous continuez, j'en serai au désespoir.

DORANTE

Tu te moques de moi, et je le mérite.

ROSIMOND, rianl.

Ah ! ah ! ah I Gomment es-tu avec elle?

DORANTE

Ni bien ni mal. Gomment la trouves-tu, toi?

ROSIMOND.

Moi ! ma foi, je n'en sais rien ; je ne l'ai pas encore trop vue; cependant il m*a paru qu'elle était assez gentille, l'air naïf, droit et guindé; mais jolie, comme je te dis. Ge visage-là pourrait devenirquelque chose s'il appartenait aune femme du monde, et notre provinciale n'en Tait rien; mais cela est bon pour une femme ; on la prend comme elle vient.

DORANTE

Elle ne te convient guère. De bonne foi, l'épouseras-tu?

ROSIMOND.

Il faudra bien, puisqu'on le veut ; nous l'épouserons, ma mère et moi, si vous ne nous l'enlevez pas.

Je pense que tune t'en soucierais guère, et que tu me le pardonnerais.

ROSIMOND.

Oh ! là-dessus, toutes les permissions du monde au suppliant, si elles pouvaient lui être bonnes à quelque chose. T'amuse-t-elle ?

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