‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 335 sur 1238 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ROSIMOND, MARTON.

ROSIMOND.

De quoi s'agit-il, Marton?

MARTON

D*une lettre que j'ai trouvée, monsieur, et qui

! est apparemment celle que vous avez tantôt reçue de Frontin.

ROSIMOND.

Donne ; j'en étais inquiet.

MARTON

La voilà.

ROSIMOND.

Tu ne l'as montrée à personne apparemment?

MARTON

Il n'y a qu'Hortense et son père qui l'aient vue, et je ne la leur ai montrée que pour savoir à qui elle appartenait.

ROSIMOND.

Eh! ne pouviez-vous pas la voir vous-même ?

MARTON

Non, monsieur, je ne sais pas lire ; et d'ailleurs, vous en aviez gardé l'enveloppe.

ROSIMOND.

Et ce sont eux qui vous ont dit que la lettre m'appartenait? Ils l'ont donc lue?

MARTON

Vraiment oui, monsieur; ils n'ont pu juger qu'elle était à vous que sur la lecture qu'ils en ont faite.

ROSIMOND.

Hortense présente ?

MARTON

Sans doute. Est-ce que cette lettre est de quelque conséquence ? Y a-t-il quelque chose qui les concerne ?

ROSIMOND.

Il vaudrait mieux qu'ils ne l'eussent point vue.

MARTON

J'en suis fâchée.

ROSIMOND.

Gela est désagréable. Eh ! qu'en a dit Hortense?

Rien, monsieur; elle n'a pas paru y faire attention ; mais comme on m'a chargée de vous la rendre, voulez-vous que je dise que vous ne l'avez pas reconnue ?

ROSIMOND.

L'offre est obligeante, et je l'accepte ; j'allais VOUS en prier.

MARTON

Oh I de.tout mon cœur, je vous le promets, quoique ce soit une précaution assez inutile, comme je vous dis; car ma maîtresse ne vous en parlera seulement pas.

ROSIMOND.

Tant mieux, tant mieux ; je ne m'attendais pas à tant de modération ; serait-ce que notre mariage lui déplaît ?

MARTON

Non, cela ne va pas jusque-là; mais elle ne s'y intéresse pas extrêmement non plus.

ROSIMONO.

Vous l'a-t-elle dit, Marton ?

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