SCÈNE V
ROSIMOND, MARTON.
ROSIMOND.
De quoi s'agit-il, Marton?
MARTON
D*une lettre que j'ai trouvée, monsieur, et qui
! est apparemment celle que vous avez tantôt reçue de Frontin.
ROSIMOND.
Donne ; j'en étais inquiet.
MARTON
La voilà.
ROSIMOND.
Tu ne l'as montrée à personne apparemment?
MARTON
Il n'y a qu'Hortense et son père qui l'aient vue, et je ne la leur ai montrée que pour savoir à qui elle appartenait.
ROSIMOND.
Eh! ne pouviez-vous pas la voir vous-même ?
MARTON
Non, monsieur, je ne sais pas lire ; et d'ailleurs, vous en aviez gardé l'enveloppe.
ROSIMOND.
Et ce sont eux qui vous ont dit que la lettre m'appartenait? Ils l'ont donc lue?
MARTON
Vraiment oui, monsieur; ils n'ont pu juger qu'elle était à vous que sur la lecture qu'ils en ont faite.
ROSIMOND.
Hortense présente ?
MARTON
Sans doute. Est-ce que cette lettre est de quelque conséquence ? Y a-t-il quelque chose qui les concerne ?
ROSIMOND.
Il vaudrait mieux qu'ils ne l'eussent point vue.
MARTON
J'en suis fâchée.
ROSIMOND.
Gela est désagréable. Eh ! qu'en a dit Hortense?
Rien, monsieur; elle n'a pas paru y faire attention ; mais comme on m'a chargée de vous la rendre, voulez-vous que je dise que vous ne l'avez pas reconnue ?
ROSIMOND.
L'offre est obligeante, et je l'accepte ; j'allais VOUS en prier.
MARTON
Oh I de.tout mon cœur, je vous le promets, quoique ce soit une précaution assez inutile, comme je vous dis; car ma maîtresse ne vous en parlera seulement pas.
ROSIMOND.
Tant mieux, tant mieux ; je ne m'attendais pas à tant de modération ; serait-ce que notre mariage lui déplaît ?
MARTON
Non, cela ne va pas jusque-là; mais elle ne s'y intéresse pas extrêmement non plus.
ROSIMONO.
Vous l'a-t-elle dit, Marton ?