‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 341 sur 1238 · LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ, ACTE II, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ, ACTE II, SCÈNE XII

Paris, et qu'on appelait familièrement monsieur le comte. Vous étiez le premier, il était iesecond. Cela ne se pratique pas autrement; voilà l'usage parmi nous autres subalternes de qualité, pour établir quelque subordination entre la livrée bourgeoise et nous; c'est ce qui nous distingue.

ROSIMOND.

Ce qu'il vous dit est vrai.

LE COMTE, riani.

Je le veux bien ; tout ce qui m'inquiète, c'est que ma fille a vu cette lettre; elle ne m'en a pourtant pas paru moins tranquille; mais elle est réservée, et j'aurais peur qu'elle ne crût pas l'histoire des promotions de Frontin si aisément.

ROSIUOND.

Mais aussi, de quoi s'avisent ces marauds-là ?

FRONTIN

Monsieur, chaque nation a ses coutumes ; voilà les coutumes de la nôtre. •

LE COMTE

Il y pourrait pourtant rester une petite difficulté : c'est que dans cette lettre on y parle d'une provinciale, et d'un mariage avec elle, qu'on veut empêcher en venant ici; cela ressemblerait assez à notre projet.

LK MARQUISE

J'en conviens.

ROSIMOND.

Parle.

FRONTIN

Ohl bagatelle. Vous allez être au fait. Je vous ai dit que nous prenions vos titres.

LE COMTE

Oui, vous prenez le nom de vos maîtres. Mais voilà tout, apparemment?

FRONTIN

Oui, monsieur; mais quand nos maîtres passent par le mariage, nous autres, nous quittons le célibat ; le maître épouse la maltresse, et nous la suivante; c'est encore la règle; et par celte règle que j'observerai, vous voyez bien que Marton me revient. Lisette, qui est là-bas, le sait ; Lisette est jalouse, et Marton est tout de suite une provinciale, et tout de suite on menace de venir empêcher le mariage. Il est vrai qu'on n'est pas venu, mais on voulait venir.

Là MARQUISE.

Tout cela se peut, monsieur le comte, et d'ailleurs il n'est pas possible de penser que mon fils préférât Dorimène à Hortense ; il faudrait qu'il fût aveugle.

ROSIMOND.

Monsieur est-il bien convaincu?

LE COMTE

N'en parlons plus; ce n'est pas même votre amour pour Dorimène qui m'inquiéterait; je sais ce quec'est que ces amours-là. Entre vous autres gens du bel air, souffrez que je vous dise que vous ne vous aimez guère, et Dorimène, noire alliée.

est un peu sur ce ton-là. Pour vous, marquis, croyez-moi, ne donnez plus dans ces façons; elles ne sont pas dignes de vous. Je vous parle déjà comme à mon gendre ; vous avez de l'esprit et de la raison, et vous êtes né avec tant d'avantages, que vous n'avez pas besoin de vous distinguer par de faux airs ; restez ce que vous êtes, vous en vaudrez mieux ; mon âge, mon estime pour vous, et ce que je vais vous devenir, me permettent de vous parler ainsi.

ROSIMOND.

Je n'y trouve rien à redire.

LA MARQUISE

Et je vous prie, mon fils, d'y faire attention.

Changeons de discours; Marton est-elle là? Regarde, Frontin.

FRONTIN

Oui, monsieur, je l'aperçois qui passe avec ces dames. (// rappelle.) Marton !

MARTON paraît.

Qu'est-ce qui me demande ?

LE COMTE

Dites à ma fille de venir.

MARTON

La voilà qui s'avance, monsieur.

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