‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 350 sur 1238 · LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ, ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

LE PETIT-MAITRE CORRIGÉ, ACTE III, SCÈNE VI

HORTENSE

Parlez, monsieur.

MARTON, à pari, •

Écoutons.

ROSIMOND.

Je ne saurais revenir de mon étonnemcnt; j*admire le malentendu qui nous sépare; car enfin, pourquoi rompons-nous?

MARTON, riant à paru

Voyez quelle aisance!

Un mariage arrêté, convenable, que nos parents souhaitaient, dont je faisais tout le cas qu'il fallait, par quelle tracasserie arrive-t-il qu'il ne s'achève pas? Cela me passe.

HORTENSE

Ne devez-vous pas être charmé, monsieur, qu'on vous débarrasse d'un mariage où vous ne vous engagiez que par complaisance?

ROSIMOND.

Par complaisance !

MARTON

Par complaisance! Ah! madame, où se récriera-t-on, si ce n'est ici? Malheur à tout homme qui pourrait écouter cela de sang-froid!

ROSIMOND.

Elle a raison. Quand on n'examine pas les gens, voilà comme on les explique.

MARTON, à part.

Voilà comme on est un sot.

ROSIMOND.

J'avais cru pourtant vous avoir donné quelque preuve de délicatesse de sentiment. [Uortenu rit,) Oui, madame, de délicatesse.

MARTON, à part.

Cet homme-là est incurable.

ROSIMOND.

Il n'y a qu'à suivre ma conduite; toutes vos attentions ont été pour Dorante, songez y; à peine m'avez-vous regardé; là*dessus, je me suis piqué, cela est dans l'ordre. J'ai paru manquer d'empressement, j'en conviens; j'ai fait rindifférent, même le fier, si vous voulez; j'étais fâché; cela est-il si désobligeant? Est-ce là de la complaisance? Voilà mes torts. Auriez-vous mieux aimé qu'on ne prit garde à rien, qu'on ne sentit rien, qu'on eût été content sans devoir l'être? et fit-on jamais aux gens les reproches que vous me faites, madame?

HORTENSE

Vous vous plaignez si joliment, que je ne me lasserais point de vous entendre; mais il est temps que je me retire. Adieu, monsieur.

MARTON

Encore un instant; monsieur me charme, on ne trouve pas toujours des amantsd'une espèce aussi rare.

ROSIMOND.

Mais restez donc, madame ; vous ne me dites mot : convenons de quelque chose. Y a-t-il matière de

rupture entre nous? Où allez-vous? Presser ma mère de se raccommoder avec Dorimène? Oh! vous me permettrez de vous retenir ! Vous n'irez pas. Qu'elles restent brouillées, je neveux point de Dorimène ; je n'en veux qu'à vous. Vous laisserez là Dorante, et il n'y a point ici, s'il tous plaît, d'autre raccommodement à faire que le mien avec vous; il n'y en a point de plus pressé. Âb çà, voyons; vous rendez-vous justice? Me la rendezvous ? Croyez-vous qu'on sente ce que vous valez? Sommes-nous enfin d'accord? En est-ce Tait?... Vous ne me répondez rien?

MARTON

Tenez, madame, vous croyez peut-être que monsieur le marquis ne vous aime point, parce qu'il ne vous le dit pas bien bourgeoisement, el en termes précis ; mais faut-il réduire un homme comme lui à cette extrémité-là? Ne doit-on pasTaimer^ratist A votre place, pourtant, monsieur, je m'y résoudrais. Qui est-ce qui le saura? Je vous garderai le secret. Je m'en vais, car j'ai de la peine à voir qu'on vous maltraite.

ROSIMOND.

Qu'est-ce que c'est que ce discours?

HORTENSE

C'est une étourdie qui parle ; mais il faut qu'à mon tour la vérité m'échappe, monsieur; je n'y saurais résister. C'est que votre petit jargon de galanterie me choque, me révolte; il soulève la raison. C'est pourtant dommage. Voici Dorimcae qui approche, et à qui je vais confirmer tout ce que je vous ai promis, et pour vous et pour elle.

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