LE CHEVALIER, HORTENSE, LE MARQUIS
LA COMTESSE
HORTENSE, bai au chevalier.
Il accepte ma main, mais de mauvaise grâce; ce n'est qu'une ruse, ne vous efirayez pas.
LE LEGS, SCÈNE XIL
LE CHBVALIBR, bas à ïïorteme.
Vous m'inquiétez. (Haut.) Eh bien, madame, il ne me reste plus d'espérance, sans doute? Je n*ai pas dû m'attendre que monsieur le marquis pût consentir à vous perdre.
HORTENSB.
Oui, chevalier, je l'épouse ; la chose est conclue, et le ciel vous destine à une autre qu'à moi. Le marquis m'aimait en secret, et c'était, dit-il, par distraction qu'il ne me le déclarait pas.
LE CHBYALIEB.
Par distraction I J'entends; il avait oublié de vous le dire.
HORTENSB.
Oui, c'est cela même; mais il vient de me l'avouer, et il l'avait confié à madame.
LE CHEVALIER
Eh! que ne m'avertissiez- vous, comtesse? J'ai cru quelquefois qu'il vous aimait vous-même.
LA COMTESSE
Quelle imagination I A propos de quoi me citer ici?
HORTENSB.
Il y a eu des instants où je le soupçonnais aussi.
LA COMTESSE
Encore ! Où est donc la plaisanterie, Hortense?
Pour moi, je ne dis mot.
LE CHEVALIER
Vous me désespérez, marquis.
LE MARQUIS
J'en suis fâché, mais mettez-vous à ma place; il y a un testament, vous le savez bien; je ne peux pas faire autrement.
LE CHEVALIER
Sans le testament, vous n'aimeriez peut-être pas autant que moi.
LE MARQUIS
0ht vous me pardonnerez; je n'aime que trop.
HORTENSB.
Je tâcherai de le mériter, monsieur. (À part^ au chevalier,) Demandez qu'on presse notre mariage.
LE GHEVAUER, à part^ à Horteme^
N'est-ce pas trop risquer? [Haut,) Dans l'état où je suis, marquis, achevez de me prouver que mon malheur est sans remède.
LB MARQUIS
La preuve s'en verra quand je l'épouserai. Je ne peux pas l'épouser tout à l'heure.
LE CHEVALIER
Vous avez raison. {A part ^ à Horiense,) Il vous épousera.
HORTENSB, à parl^ au chevalier»
Vous gâtez tout. {Au marquii.) J'entends bien ce que le chevcilier veut dire; c'est qu'il espère toujours que nous ne nous marierons pas, monsieur le marquis; n'est-ce pas, chevalier?
LE CHEVALIER
Non, madame, je n'espère plus rien.
HORTENSB.
Vous m'excuserez ; vous n'êtes pas convaincu, vous ne l'êtes pas; et comme il faut, m'avez-vous dit, que vous alliez demain à Paris, pour y prendre des mesures nécessaires en cette occasion-ci, vous voudriez, avant que de partir, savoir bien précisément s'il ne vous reste plus d'espoir? Voilà ce que c'est; vous avez besoin d'une entière certitude? (A parf, au chevalier,) Dites que oui.
LE CHEVALIER
Mais, oui.
HORTENSB.
Monsieur le marquis, nous ne sommes qu'à une lieue de Paris; il est de bonne heure; envoyez Lépine chercher un notaire, et passons notre contrat aujourd'hui , pour donner au chevalier la triste conviction qu'il demande.
LA COMTESSE
Mais il me paraît que vous lui faites accroire qu'il la demande; je suis persuadée qu'il ne s'en soucie pas.
HORTENSB, à part,au ehevaiier.
Soutenez donc.
LE CHEVALIER
Oui, comtesse, un notaire me ferait plaisir.
Voilà un sentiment bien bizarre !
HORTENSB.
Point du tout. Ses affaires exigent qu'il sache à quoi s'en tenir; il n'y a rien de si simple, et il a raison; il n'osait le dire, et je le dis pour lui. Allez-vous envoyer Lépine, monsieur le marquis?
LB MARQUIS
Gomme il vous plaira. Mais qui est-ce qui songeait à avoir un notaire aujourd'hui?
HORTENSB, à part ^ au chevalier.
Insistez.
LB CHEVALIER
Je vous en prie, marquis.
LA COMTESSE
Ohl vous aurez la bonté d'attendre à demain, monsieur le chevalier; vous n'êtes pas si pressé; votre fantaisie n'est pas d'une espèce à mériter qu'on se gêne tant pour elle; ce serait ce soir ici un embarras qui nous dérangerait. J'ai quelques affaires; demain il sera temps.
HORTENSB, à parl^ au chevalier»
Pressez.
LE CHEVALIER
Eh! comtesse, de grâce.
LA COMTESSE
De grâce 1 L'hétéroclite prière 1 il est donc bien ragoûtant de voir sa maîtresse mariée à son rival? Comme monsieur voudra, au reste!
11 serait impoli de gêner madame; au surplus, je m'en rapporte à elle; demain serait bon.
LE LEGS, SCÈNE XIY
HORTBRSB.
Dès qu elle y coosent, il n'y a qu'à envoyer Lépine.