GoUé, Journal, nouv. édit., t. II, p
MARIVAUX, SA VIE ET SES ŒUVRES. lu
lui en faisait pas paraître plus de cinquante-huit'. Il était friand aussi, « il aimait, dit Collé, les fins morceaux*. » Une bonne vieille amie, mademoiselle de Saint-Jean, avec laquelle, pendant plus de trente ans *, il confondit sa vie et ses ressources, dans un riant petit appartement de la rue de Richelieu, qui donnait sur le Palais-Royal *, trouvait moyen de subvenir à tout, sans qu'il ait su jamais ce qui était à lui, ce qui était à elle. Il crut Fenrichir en la faisant sa légataire universelle, et il ne lui légua que des dettes *.
Il ignorait même, tant ses affaires lui étaient indifférentes, de qui lui venait en réalité un supplément de pension sur la cassette du roi, qu'il avait demandé et obtenu. Un jour, vers ses derniers temps, la gêne croissant pour lui, sans qu'il lui restât la ressource de quelques emprunts à Fontenelle, toujours prompt pendant sa vie, plus même que Marivaux ne l'eût voulu, aie satisfaire •; sans même qu'il eût encore quelques œuvres à vendre, car le 30 novembre 1761 il avait cédé pour cinq cents francs, au libraire Duchesne ', tout ce qui lui restait de manuscrits, y compris sa pièce de Y Amour frivole, reçue par la Comédie-Française, qui ne devait jamais la jouer •; il avoua ingénument son triste état de fortune à l'abbé de Voisenon, qu'il voyait à l'Académie. Si le roi ne lui venait en aide, lui donna-t-il à entendre, il serait obligé de quitter Paris, et de chercher au loin la plus modeste retraite. Voisenon en parla à la duchesse de Choiseul, qui elle-même s'en ouvrit sans tarder à madame de Pompadour. On apprit ainsi que tout ce qui pouvait se faire pour Marivaux était fait : le supplément de la pension, qui , de quinze cents livres, était montée à trois mille, venait de la marquise. Voisenon eut la légèreté de le dire à Marivaux, pour qui, il l'avoue*, ce fut un mortel chagrin.
Il mourut peu de temps après, le 12 février 1763, avec le regret d'avoir été, sans le savoir, dans ces dernières années si sérieuses, protégé et pensionné par une favorite.
Edouard Fournier.
90 Août 1877.