SCÈNE I
LÈPINE, LISETTE.
L'iPINE.
Viens, j'ai à te parler; entrons an moment dans celle salle.
LISETTE
Eh bien! que me voulez-vous donc, monsieurde Lépaioe, en me tirant comme ça à Técart?
LÉPINE
Premièrement, mon maître te prie de l'attendre
LISETTE
i'en sis d'accord; après?
LéPINE.
Regarde-moi, Lisette, et devine le reste.
LISETTE
Moi, je ne saurais; je ne devine jamais le reste, à moins qu'on ne me le dise.
LÉPINE
Je vais donc t'aider ; voici ce que c'est. J'ai besoin de ton cœur, ma fille.
LISETTE
Tout de bon ?
LÉPINE
Et un si grand besoin que je ne puis pas m'en passer; il n'y a pas à répliquer, il me le faut.
LISETTE
Damel comme vous demandez ça! J'ai quasiment envie de crier au voleur.
LÉPINB.
n me le faut, te dis-je, et bien complet avec toQles ses circonstances, je veux dire avec ta main et tonte ta personne; je veux que tu m'épouses.
LISETTE
Quoil tout à l'heure?
LÉPINE
A la rigueur, il le faudrait; mais j'entends raison, et, pour à présent, je me contenterai de ta parole.
LISETTE
Vraiment! grand marci de la patience; mais vous avez là de furieuses volontés, monsieur de Lépaine !
LÉPINE
Je te conseille de te plaindre! Comment donc! il n'y a que six jours que nous sommes ici, mon maître et moi; que six jours que je te connais, et la tête me tourne, et tu demandes quartier! Ce que j'ai perdu de raison depuis ce temps-là est incroyable ; et, si je continue, il ne m'en restera pas pour me conduire jusqu'à demain. Allons vite, qu'on m'aime.
LISETTE
Ça ne se peut pas, monsieur de Lépaine ; ce n'est pas qu'ous ne soyais agriable; mais mon rang me le défend, je vous en informe; tout ce qui est comme vous n'est pasmon pareil, à ce que m'a toujours dit ma maîtresse.
LÉPINE
Ah! ah! me conseilles-tu d'ôter mon chapeau?
LISETTE
Le chapeau et la familiarité itou.
LÉPINE
Voilà pourtant un itou qui n'est pas de trop i)onne maison; mais une princesse peut avoir été mal élevée.
LISETTE
Bonne maison ! la nôtre était la meilleure de tout le village, et que trop bonne ; c'est ce qui nous a ruinés. En un mot comme en cent, je suis la fille d'un homme qui était, en son vivant, pro* cureur fiscal du lieu, et qui mourut l'an passé ; ce qui a fait que notre jeune dame, faute de fille de chambre, m'a prise depuis Xrois moi3 chez elle, en guise de compagnie.
LÉPINE
Avec votre permission et la sienne, je remets mon chapeau.
A cause de quoi ?