‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 421 sur 1238 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ANGÉUQUE, LISETTE.

ANGÉLIQUE

Il me semblait de loin avoir vu Dorante avec toi.

LISETTE

Vous n'avez pas la barlue, madame, et il y a Lian des nouvelles. C'est monsieur Dorante limême, qui s'inquiètecommentvousvalecœur, et siparsonne ne Ta prins; c'est mon galant Lépaine qui demande après le mien. Est-ce que ça n'est pas bian?

L'intérêt que Dorante prend à mon cœur ne m'est point nouveau; tu sais les soupçons que j'avais déjà là-dessus, et Dorante est aimable; mais malheureusement il lui manque de la uaissance, et je souhaiterais qu'il en eût; j'ai même eu besoin quelquefois de me ressouvenir qu'il n'en a point.

LISETTE

Oh bian ! ce n'est pas la peine de vous ressouvenir de ça ; vous voilà exempte de mémoire.

ANGEUQUE.

Comment I l'auraîs-tu rebuté? et renoDce-t-il à moi, dans la peur d'être mal reçu? Quel discours lui as-tu donc tenu?

LISETTE

Aucun ; il n'a peur de rian; il n'a que faire de renoncer; il ne vous veut pas; c'est seulement qu'il est le commis d'un autre.

ANGÉLIQUE

Que me contes-tu là? Qu'est-ce que c'est que le commis d'un autre?

LISETTE

Oui; d'un je ne sais qui, d'un mari tout prêt qu'il a en main, et qu'il désire de vous présenter par-devant notaire; un homme jeune, opulent, un bourgeois de sa sorte.

ANGÉLIQUE

Dorante est bien hardi!

LISETTE

Oh! pour ça, oui, bian téméraire envars une damoiselle de votre étofie, et de la conséquence de vos père et mère; ça m'a donné un scandale!...

ANGÉLIQUE

Pars tout à l'heure ; va lui dire que je me sens ofTensée de la proposition qu'il a dessein de me faire, et que je n'en veux point entendre parler.

LISETTE

Et que cet acabit de mari n'est pas capable d'être voûte homme ; allons.

ANGÉLIQUE

Attends; laisse-le venir. Dans le fond, il est au-dessous de moi d'être si sérieusement piquée.

LISETTE

Oui, la moquerie sufût; il n'y a qu'à lever l'épaule avec du petit monde*

ANGÉLIQUE

Je ne reviens pas de mon étonnement, je Tavoue.

LISETTE

Je sis tout ébahie; car j'ons veu des mines d'amoureux, et il en avait une pareille ; je vous prends à témoin.

ANGÉLIQUE

Jusque-là que j'ai craint qu'à la fin il ne m'obligeât à le refuser lui-même. Je m'imaginais qu'il m'aimait; je ne le soupçonnais pas, je le croyais.

LISETTE

Avoir un visage qui ment, est-il parmis?

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