LES ACTEURS DE BONNE FOI, SCÈNE IV
COLETTE
Dame I comme il faut avoir d*ramiquié pour vous dans celte affaire-là, j*ai cru qu'il n'y avait point de temps à perdre.
MEBLIN.
Attendez que je me déclare tout à fait, moi.
BLAISB, interrompant de ton tiége.
Voyez en effet comme aile se presse; an dirait qu'aile y va de bon jeu. Je crois queça m'annonce du guignon.
ySBTTB, a$$Ue et mterrompant»
Je n'aime pas trop celte saillie-là non plus.
MERLIN
C'est qu'elle ne sait pas mieux faire.
COLETTE
Eh bienl velà ma pensée tout sens dessus dessous; pisqu'ilsme blàmont, je sis trop Umidepour aller eo avant, s'ils ne s'en vont pas.
iiERLm.
Ëloignez-vous donc pour l'encourager.
BLiaSB, te levant de ton tiége, NoD,morguîé ! je neveux pas qu'aile ait du courage, moi ; je veux tout entendre.
LISETTE, auite et interrompant.
Il est vrai, ma mie, que vous êtes plaisante de Touloir que nous nous en allions.
Pourquoi aussi me chicanez-vous ?
BLÀISB, interrompant^ mait attit.
Pourquoi te hàfes-tu tant d'être amoureuse de monsieur Merlin? Est-ce que tu en sens de Tamour?
COLETTE
Mais, vraiment I 4e sis bien obligée d'en sentir pisque je sis obligée d'en prendre dans la comédie. Comment voulez-vous que je fasse autrement?
LISBTTB, attite, interrompant.
Comment I vous aimez réellement Merlin!
COLETTE
Il faut bien, pisque c'est mon devoir.
MSRLIN, à Litette,
Biaise et toi, vous êtes de grands innocents tous deux; ne voyez-vous pas qu'elle s'explique mal? Ce n'est pas qu'elle m'aime tout de bon ; elle vetit dire seulement qu'elle doit faire semblant de m'aimer. N'est-ce pas, Colette?
COLETTE
Comme vous voudrez, monsieur Merlin.
MERLIN
Allons, continuons, et attendez que je me déclare tout à fait, pour vous montrer sensible à mon amour.
COLETTE
TaUendrai, monsieur Merlin ; faites vite.
MERLIN, recommençant la teéne.
Que VOUS êtes aimable, Colette, et que j'envie le sort de Biaise, qui doit être votre mari!
COLETTE
Ohl ohl est-ce que vous m'aimez, monsieur Merlin ?
MERLIN
II y a plus de huit jours que je cherche à vous le dire.
COLETTE
Queu dommage! car je nous accorderions bien tous deux.
MERLIN
Et pourquoi, Colette?
COLETTE
' C'est que si vous m'aimez, dame !.. Dirai-ge?
MERLIN
Sans doute.
COLETTE
C'est que, si vous m'aimez, c'est bian fait; car il n'y a rian de pardu.
MERLIN
Quoi ! chère Colette, votre cœur vous dit quelque chose pour moi?
ohl il ne me dit pas queuque chose; il me dit tout à fait.
MERLIN
Que vous me charmez, belle enfant! Donnez-moi votre jolie main, que je vous en remercie.
LISETTE, interrompant.
Je défends les mains.
COLETTE
Faut pourtant que j'en aie.
LISETTE
Ouï ; mais il n'est pas nécessaire qu'il les baise.
MERLIN
Entre amants, les mains d'une maltresse sont toujours de la conversation.
BLAISB.
Ne permellez pas qu'elles en soient, mademoiselle Lisette.
MERLIN
Ne vous fâchez pas ; il n'y a qu'à supprimer cet endroit-là.
COLETTE
Ce n'est que des mains au bout du compte.
MERLIN
Je me contenterai de lui tenir la main de la mienne.
Ne faut pas magnier non plus; n'est-ce pas, mademoiselle Lisette?
LISETTE
C'est le mieux.
MERLIN
Il n'y aura point assez de vif dans cette scène-là.
COLETTE
Je sis de votre avis, monsieur Merlin, et je n'em* pêche pas les mains, moi !
MERLIN
Puisqu'on les trouve de trop, laissons-les, et re-