‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 469 sur 1238 · LES ACTEURS DE BONNE FOI, SCÈNE V · texte numérisé non relu

LES ACTEURS DE BONNE FOI, SCÈNE V

venons. (Il recommence la scine.)\ous m*ainiez donc, Colelle, et cependant vous allez épouser Biaise?

COLETTE

Vraiment, ça me fâche assez; car ce n*est pas moi qui le prends ; c'est mon père et ma mère qui me le baillent.

BLAISE, interrompant et pleurant,

Me velà donc bien chanceux I

MERLIN

Tais-toi donc, tout ceci est de la scène; tu le sais bien.

BLAISE

C'est que je vais gager que ça est vrai.

MERLIN

Non, te dis-je ; il faut ou quitter notre projet ou le suivre. La récompense que madame Amelin nous a promise vaut bien la peine que nous la gagnions. Je suis fâché d'avoir imaginé ce plan-là, mais je n'ai pas le temps d'en imaginer un autre; poursuivons.

COLETTE

Je le trouve bien joli, moi.

LISETTE

Je ne dis mot, mais je n'en pense pas moins. Quoi qu'il en soit, allons notre chemin, pour ne pas risquer notre argent.

MERUN, recommençant la setne.

Vous ne vous souciez donc pas de Biaise, Colette, puisqu'il n'y a que vos parents qui veulent que vous l'épousiez?

COLETTE

Non, il ne me revient point; et si je pouvais, par queuque manigance, m'empêcher de l'avoir pour mon homme, je serais bientôt quitte de li ; car il est si sot I

BLAISE, interrompant.

Morgue! velà une vilaine comédie !

MERLIN

(i Biaise.) Paix donci {A Colette,) Vous n'avez qu'à dire à vos parents que vous ne l'aimez pas.

COLETTE

Bon I je li ai bien dit à li-mème, et tout ça n'y fait rien.

BLAISE, ê€ levant pour interrompre.

C'est la vérité qu'aile me Ta dit.

COLETTE, continuant.

Mais, monsieur Merlin, si vous me demandiais en mariage, peut-être que vous m'auriais? Sériais- TOUS fâché de m'avoir pour femme ?

MERLIN

J'en serais ravi ; mais il faut s'y prendre adroitement, à cause de Lisette, dont la méchanceté nous nuirait et romprait nos mesures.

COLETTE

Si aile n'était pas ici, je varrions comme nous y prenre ; fallait pas parmettre qu'aile nous écoutlt.

LISETTE, <e levant pour interrompre.

Que signifie donc ce que j'entends là? Car, enfin, voilà un discours qui ne peut entrer dans la re-

présentation de votre scène, puisque je ne serai pas présente quand vous la jouerez.

MERUN.

Tu n'y seras pas, il est vrai ; mais ta es actuellement devant ses yeux, et par méprise elle se règle là-dessus. N'as-tu jamais entendu parler d'un axiome qui dit que l'objet présent émeut la puissance? voilà pourquoi elle s'y trompe; si tu avais étudié, cela ne t'étonnerait pas. A toi, à présent, Biaise ; c'est toi qui entres ici ; et qui viens nous interrompre; retire-toi à quatre pas, pourfeiudre que tu arrives. Moi, qui t'aperçois venir, je dis à Colette: Voici Biaise qui arrive, ma chère Colette; remettons l'entretien à une autre fois, (i Colette.) Et vous, retirez-vous.

BLAISE, approchant pour entrer en seène.

Je suis tout parturbé, moi ; je ne sais que dire.

MERLIN

Tu rencontres Colette sur ton chemin, et tu lui demandes d'avec qui elle sort.

BLAISE^ commençant la $cine.

D'oi3i viens-tu donc, Colette?

COLETTE

Eh I je viens d'où j'étais.

BLAISB.

Comme tu me rudoies I

COLETTE

Oh! dame! accommode-toi; prends ou laisse. Adieu.

Page 1