LES ACTEURS DE BONNE FOI, SCÈNE VIL
' j*ai donné parole de boire avec eux immédUtement après la représentation, une demi-main de
semble qui s^accorde. [Montrant Éra$te,) Monsieur vous dira ce que c'est.
ÉRÀSTS.
Madame, il est question d'une bagatelle que vous saurez tantôt.
MADAME ARGANTB.
Pourquoi m*en faire mystère à présent?
BRASTE.
Puisqu'il faut vous le dire, c'est une petite pièce dont il est question.
MADAME ARQANTE.
Une pièce de quoi?
MEBUN.
C'est, madame, une comédie, et nous vous ménagions le plaisir de la surprise.
ANGBUQUE.
Et moi, j'avais promis à madame Amelin et à Ëraste de ne vous en point parler, ma mère.
MADAME AROANTE.
Une comédie 1
MERLIN
Oui, une comédie dont je suis l'auteur; cela promet.
MADAME ARGANTB.
Et pourquoi s'y battre?
MERLIN
On ne s'y bat pas, madame; la bataille que yous avez entendue n'était qu'un entr'acte. Mes acteurs se sont brouillés dans l'intervalle de l'action; c'est la discorde qui est entrée dans la troupe ; il n'y a rien là que de fort ordinaire. Ils voulaient sauter du brodequin au cotburne, et je vais tâcher de les ramener à des dispositions moins tragiques.
MADAME ARGANTB.
Non; laissons là tes dispositions moins tragiques, et supprimons ce divertissement-là. Éraste, vous n'y avez pas songé; la comédie chez une femme de mon âge, cela serait ridicule.
BRASTE.
C'est la chose du monde la plus innocente, madame, et d'ailleurs madame Amelin se faisait une joie de la voir exécuter.
MERUN.
C'est elle qui nous paye pour la mettre en état; et moi, qui vous parle, j'ai déjà reçu des arrhes. Ma marchandise est vendue, il faut que je la livre ; et vous ne sauriez, en conscience, rompre un marché conclu, madame. Il faudrait que je restituasse, et j'ai pris des arrangements qui ne me le permettent plus.
MADAME ARGANTB.
Ne te mets point en peine. Je vous dédommagerai, vous autres.
MERLIN
Sans compter douze sous qu'il m'en coûte pour un moucheur de chandelles que j'ai arrêté, trois bouteilles de vin que j'ai avancées aux ménétriers du village pour former mon orchestre, quatre que
papier que j'ai barbouillée pour mettre mon canevas bien au net...
MADAME ARGANTB.
Tu n'y perdras rien, te dia-je. Voici madame Amelin, et vous allez voir qu'elle sera de mon avis.