‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 535 sur 1238 · ARLEQUIN, COLOMBINE · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, COLOMBINE

ARLEQUIN

J'ai bien affaire, moi, d'être honnête à mes dépens!

GOLOMBINB.

Et qu'as-tu à craindre? Tu ne m'aimes point, tu ne veux point m'aimer.

Non, je ne veux point t'aimer ; mais je n'ai que faire de prendre la peine de m'empêcher de le vouloir.

GOLOMBINB.

Tu m'aimerais donc, si tu ne t'en empêchais?

ARLEQUIN

Laissez-moi en repos, mademoiselle Colombine. Promenez-vous d'un cêté, et moi d'un autre ;sinoQ je m'enfuirai, car je réponds tout de travers.

GOLOMBINB.

Puisqu'on ne peut avoir l'honneur de ta compagnie qu'à ce prix-là, je le veux bien ; promenons-nous. {A part^ et en se promenanly comme Arîeqain fait de son côté.) Tout en badinant, cependant, me voilà dans la fantaisie d'être aimée de ce petit corps-là.

ARLEQUIN, déeoneerti^ et se promenant de sen côii. C'est une malédiction que cet amour; il m*a tourmenté quand j'en avais, et il me fait encore du mal à cette heure que je n'en veux point. H faut prendre patience et faire bonne mine.

(Il chante.) GOLOMBINB, VarrHant,

Mais, vraiment, tu as la voix belle. Sais-tu la musique?

ARLEQUIN, s'arrêiant ansti.

Oui, je commence à lire les paroles.

(// chante de nouveau.) GOLOMBINB, continuant de se promener.

Peste soit du petit coquin ! Sérieusement je crois qu'il me pique.

Elle me regarde ; elle voit bien que je fais semblant de ne pas songer à elle.

GOLOMBINB.

Arlequin?

ARLEQUIN

Hum!

GOLOMBINB.

Je commence à me lasser de la promenade

ARLEQUIN

Cela se peut bien.

GOLOMBINB.

Comment te va le cœur?

ARLEQUIN

Ahl je ne prends pas garde à cela.

GOLOMBINB.

Gageons que tu m*aimes?

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