‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 544 sur 1238 · LA SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

LA SURPRISE DE L'AMOUR, ACTE II, SCÈNE VIL

]*ai dit, vous n*en disconvenez point. Allez-vousen donc, ou je m*en vais.

LÉLIO

Parbleu ! madame, c'est trop souffrir de rebuts eo un jour; et billet et discours, tout se ressemble. Adieu donc, madame, je suis votre serviteur. (//

lorf.)

Monsieur, je suis votre servante. Mais à propos, cet étourdi qui s'en va, et qui n'a point marqué positivement dans son billet ce qu'il voulait donner à sa fermière ! lime dit simplement qu'il verra ce qu'il doit faire. Ah ! je ne suis pas d'humeur à mettre toujours la main à la plume. Je me moque de sa haine, il faut qu'il me parle. (Dam Vinsiant elle part pour le rappeler, quand il revient lui-même,)

Quoi! vous revenez, monsieur?

LÊLIO, d'un air agité.

Oui, madame , je reviens ; j'ai quelque chose à Tousdire; et puisque vous voilà, ce sera un billet épargné et pour vous et pour moi.

LA COMTESSE

A la bonne heure; de quoi s'agit-il?

LÉLIO

C'est que le neveu de votre fermier ne doit plus compter sur Jacqueline. Madame, cela doit vous faire plaisir; car cela finit le peu de commerce forcé que nous avons ensemble.

LA COMTESSE

Le commerce forcé? Vous êtes bien difficile, monsieur, et vos expressions sont bien naïves I Mais passons. Pourquoi donc, s'il vous plaft, Jacqueline ne veut-elle pas de ce jeune homme? Que signifie ce caprice-là ?

LÉLIO

Ce que signifie un caprice? Je vous le demande, madame; cela n'est point à mon usage, et vous le définirez mieux que moi.

LA COMTESSE

Yous pourriez cependant me rendre un bon compte de celui-là, si vous vouliez; il est votre ouvrage apparemment. Je me mêlais de leur mariage; cela vous fatiguait; vous avez tout arrêté. Je vous suis obligée de vos égards.

LÉLIO

Moi, madame !

LA COMTESSE

Oui, monsieur. Il n'était pas nécessaire de vous y prendre de cette façon. Cependant je ne trouve point mauvais que le peu d'intérêt que j'avais à vous voir vous fût à charge; je ne condamne* point dans les autres ce qui est en moi ; et sans ic hasard qui nous rejoint ici, vous ne m'auriez vue de votre vie, si j'avais pu.

LELIO

Ehl je n'en doute pas, madame, je n'en doute pas.

LA COMTESSE

Non, monsieur, de votre.vie.Et pourquoi en dou-

teriez-voust En vérité, je ne vous comprends pas. Vous avez rompu avec les femmes, moi avec les hommes; vous n'avez pas changé de sentiment, n'est-il pas vrai? D'où vient donc que j'en changerais? Sur quoi en changerais-je?Y songez-vous? Oh ! mettez-vous dans l'esprit que mon opiniâtreté vaut bien la vôtre, et que je n'en démordrai point

LÉLIO

Eh! madame, vous m'avez accablé de preuves d'opiniâtreté; ne m'en donnez plus; voilà qui est fini. Je ne songe à rien, je vous assure.

Qu'appelez-vous, monsieur, vous ne songez à rien? mais du ton dont vous le dites, il semble que vous vous imaginez m'annoncer une mauvaise nouvelle. Eh bien ! monsieur, vous ne m'aimerez jamais; cela est-il si triste? Oh ! je le vois bien ; je vous ai écrit qu'il ne fallait plus nous voir; et je veux mourir si vous n'avez pris cela poMr quelque agitation de cœur- Assurément vous me soupçonnez de penchant pour vous. Vous m'assurez que vous n'en aurez jamais pour moi ; vous croyez me mortifier ; vous le croytz, monsieur Lélio, vous le croyez, vous dis-je; ne vous en défendez point. J'espérais que vous me divertiriez en m'aimant ; vous avez pris un autre tour; je ne perds point au change, et je vous trouve très-divertissant comme vous êtes.

LÉLIO, d*un air riant tt piqué.

Ma foi! madame, nous ne nous ennuierons donc point ensemble. Si je vous réjouis, vous n'êtes point ingrate. Vous espériez que je vous divertirais, mais vous ne m'aviez pas dit que je serais diverti. Quoi qu'il en soit, brisons là-dessus; Ja comédie ne me plaît pas longtemps, et je ne veux être ni acteur ni spectateur.

LA COMTESSE, d'ien ton badin.

Écoutez, monsieur; vous m'avouerez qu'un homme à votre place, qui se croit aimé, surtout quand il n'aime pas, se met en prise.

LÉLIO

je ne pense point que vous m'aimiez, madame; vous me traitez mal, mais vous y trouvez du goût. N'usez po»nt de prétexte; je vous ai déplu d'abord, moi spécialement; je l'ai remarqué; et si je vous aimais, de tous les hommes qui pourraient vous aimer, je serais peut-être le plus humilié, le plus raillé et le plus à plaindre.

D'où vous vient cette idée-là? Vous vous trompez; je serais fâchée que vous m'aimassiez, parce que j'ai résolu de ne point aimer; mais quelque chose que j'aie dit, je croirais du moins devoir vous estimer.

LÉLIO

J'ai bien de la peine à le croire.

LA COMTESSE

Vous êtes injuste ; je ne suis pas sans discerne-

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