‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 545 sur 1238 · LA SURPRISE DE L'AMOUR], ACTE II, SCÈNE VIIL · texte numérisé non relu

LA SURPRISE DE L'AMOUR], ACTE II, SCÈNE VIIL

méat. Mais à quoi bon faire cette supposilioo, que, si vous m'aimiez Je vous traiterais plus mal qu*uQ autre? La supposition est inutile ; puisque vous n*avez point envie de faire Fessai de mes manière^ que vous importe ce qui en arriverait? Gela vous doit être indifférent. Vous ne m*aimez pas ; car enfin, si je le pensais...

LÉLIO

Eh I je vous prie, point de menaces, madame ; vous m'avez tantôt offert votre amitié ; je ne vous demande que cela, fje n'ai besoin que de cela ; ainsi vous n'avez rien à craindre.

LA COMTESSE, cTtffi air froid.

Puisque vous n'avez besoin que de cela, monsieur, j'en suis ravie ; je vous l'accorde, j'en serai moins gênée avec vous.

LÂLIO.

Moins gênée? Ma foi 1 madame, il ne faut pas que vous le soyez du tout. Tout bien pesé, je crois que nous ferons mieux de suivre les termes de votre billet.

LA COMTESSE

Oh! de tout mon cœur; allons, monsieur, ne nous voyons plus. Je fais présent de cent pistoles au neveu de mon fermier; vous me ferez savoir ce que vous voulez donner à la fille, et je verrai si je souscrirai à ce mariage, puisque cette rupture va lever l'obstacle que vous y avez mis. Soyons-nous inconnus l'un à l'autre; j'oublie que je vous ai vu; je ne vous reconnaîtrai pas demain.

LÉUO.

Et moi, madame, je vous reconnaîtrai toute ma vie; je ne vous oublierai point; vos façons ave^ moi vous ont gravée pour jamais dans ma mémoire.

LA COMTESSE

Vous m'y donnerez la place qu'il vous plaira, je n'ai rien à me reprocher; mes façons ont été celles d'une femme raisonnable.

Liuo.

Morbleu! madame, vous êtes une dame raison* nable, à la bonne heure. Mais accordez donc cette lettre avec vos offres d'amitié ; cela est inconcevable : aujourd'hui votre ami, demain rien! Pour moi, madame, je ne vous ressemble pas, et j'ai le cœur aussi jaloux en amitié qu'en amour ; ainsi nous ne nous convenons point.

LA COMTESSE

Adieu, monsieur; vous parlez d'un air bien dégagé et presque offensant. Si j'étais vaine cependant, et si j'en crois Colombine, je vaux quelque chose à vos yeux même.

UBLIO.

Un moment; vous êtes de toutes les dames que j*ai vues celle qui vaut le mieux; je sens même que j'ai du plaisir à vous rendre cette justice-là. Colombine vous en a dit davantage; c'est une visionnaire, non-seulement sur mon chapitre, mais encore sur le vêtre, madame; je vous en avertis.

Ainsi ne croyez jamais au rapport de vos domestiques.

LA COMTESSE

Gomment I Que dites-vous, monsieur? Colombine vous aurait fait entendre... Ahl l'impertinente 1 je la vois qui passe. Colombine, venez ici.

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