‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 547 sur 1238 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ARLEQUIN, GOLOMBINE.

COLOMBINB, à part.

Battons-lui toujours froid. Tous les diamants y sont, rien n'y manque, hors le portrait que M. Lélio a gardé, (à ÀrUqmH.) C'est un grand bonheur que TOUS ayez trouvé cela; je vous rends la boite; il est juste que vous la donniez vous-même à madame la comtesse. Adieu ; je suis pressée.

A1ILBQ0IR, Varritant,

Eh 1 là, là, là ; ne vous en allez pas si vite ; je suis de bonne humeur.

COLOMBIKB.

Je voQs ai dit ce que je pensais de ma maîtresse à regard de votre maître. Bonjour.

▲RLBQUIN.

Eh bien! dites à cette heure ce que vous pensez de moi; eh! eh! eh!

Je pense de vous que vous m'ennuieriez si je restais plus longtemps.

ABLBQIJIN.

Fi! la mauvaise pensée! Causons pour chasser cela; c'est une migraine.

COLOMBINB.

Je n'ai pas le temps, monsieur Arlequin.

ARLEQUIN

£b/ allons donc, faut-il avoir des manières comme cela avec moi? Vous me traitez de monsieur; cela €st41 honnête?

COLOMBINB.

Très-honnête : mais vous m'amusez; laissez-moi. Que Toulez-vous que je fasse ici?

ARLBQUIN.

Me dire comment je me porte, par exemple ; me faire de petites questions : Arlequin par ci, Arlequin par là; me demander, comme tantôt, si je vous aime; que sait-on? peut-être je vous répondrai qu'oui.

COLOMBINB.

Oh! je ne m'y fie plus.

ARLEQUIN

Si fait, si fait; fiez-vous-y pour voir.

COLOMBmE.

Non; vous haïssez trop les femmes.

Cela m'a passé ; je leur pardonne.

COLOMBINB.

E^'moi, à compter d'aujourd'hui, je me brouille avec Vs hommes. Dans un an ou deux, je me raccommoderai peut-être avec ces nigauds-là»

ARLEQUIN

Il faudra donc que je me tienne pendant ce temps-là les bras croisés à vous voir venir, moi ?

COLOMBINB.

Voyez-moi venir dans la posture qu'il vous plaira ; que m'importe que vos bras soient croisés ou ne le soient pas?

ARLEQUIN

Parla sambille! j'enrage. Maudit esprit lunatique, que je te donnerais de grand cœur un bon coup de poing, si tu ne portais pas une cornette!

COLOMBINB, riant.

Ah! je vous entends. Vous m'aimez; j'en suis fâchée, mon ami ; le ciel vous assiste !

ARLEQUIN

Mardi! oui, je t'aime; mais, laisse-moi faire. Tiens, mon chien d'amour s'en ira; je m'étranglerais plutôt. Je m'en vais être ivrogne ; je jouerai à'ia boule toute la journée; je prierai mon maître de m'apprendre le piquet; je jouerai avec lui ou avec moi; je dormirai plutôt que de rester sans rien Taire. Tu verras, va; je cours tirer bouteille pour commencer.

COLOMBINB.

Tu mériterais que je te fisse expirer' par pur chagrin; mais je suis généreuse. Tu as méprisé toutes les suivantes de France en ma personne; je les représente. II faut une réparation à cette insulte. A mon égard, je t'en quitterais volontiers; maisjene puis trahir les intérêts et l'honneur d'un corps aussi i*espectable pour toi. Fais-lui donc satisfaction; demande-lui à genoux pardon de toutes tes impertinences, et ta grâce t'est accordée.

ARLBQUIN.

M'aimeras-tu après cette autre impertinence-là?

COLOMBINB.

Humilie-toi, et tu seras instruit.

ARLEQUIN, «e mettant à genoux.

Pardi! je le veux bien; je demande pardon à ce drôle de corps pour qui tu parles.

COLOMBINB.

En diras-tu du bien ?

ARLEQUIN

C'est une autre affaire ; il est défendu de mentir.

COLOMBINB.

. Point de grâce.

ARLEQUIN

Accommodons-nous. Je n'en dirai ni bien ni mal. Est-ce fait?

COLOMBINB.

Eh! la réparation est un peu cavalière; mais le corps n'est pas formaliste. Baise-moi la main en signe de paix, et lève- toi. Tu me parais vraiment repentant ; cela me fait plaisir.

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