LA COMTESSE, LÉLIO, ARLEQUIN, COLOMBINE
PIERRE
LA COMTESSE
Monsieur, vous devez savoir ce qui m'amène?
LÉLIO
Madame, je m'en doute du moins, et je consens à tout. Nos paysans se sont raccommodés, et je donne à Jacqueline autant que vous donnez à son amant; c'est de quoi j'allais prendre la liberté de vous informer.
LA COMTESSE
Je vous suis obligée de finir cela, monsieur; mais j'avais quelque autre chose à vous dire, bagatelle pour vous, assez importante pour moi.
LÉLIO
Que serait-ce donc?
LA COMTESSE
C'est mon portrait qu'on m'a dit que vous avez, et je viens vous prier de me le rendre ; rien ne vous est plus inutile.
LÉLIO
Madame, il est vrai qu'Arlequin a trouvé une boîte de portrait que vous cherchiez; je vous l'ai fait remettre sur-le-champ ; s'il vous a dit autre chose, c'est un étourdi ; et je voudrais bien lui demander où est le portrait dont il parle?
ARLEQUIN, timidement.
Eh! monsieur!
Quoi?
ARLEQUIN
U est dans votre poche.
LÉLIO
Vous ne savez ce que vous dites.
ARLEQUIN
Si fait, monsieur. Vous vous souveDez bien que vous lui avez parlé tantôt; je vous l'ai vu mettre après dans la poche du côté gauche.
MÎLIO.
Quelle impertinence!
LA COMTESSE
Cherchez, monsieur; peut-être avez-vous oublie que vous l'avez tenu?
LÉLIO
Ah ! madame, vous pouvez m'en croire.
ARLEQUIN
Tenez, monsieur... tàtez, madame; le voilà.
LA COMTESSE, touchant à la poche de la veut.
Cela est vrai; il me paraît que c'est lai.
LÉLIO
Voyons donc. Il a raison ! Le voulez-vous, madame?
Il le faut bien, monsieur.
LÉLIO
Comment donc cela s'est-il fait?
ARLEQUIN
Eh ! c'est que vous vouliez le garder, à cause, disiez-vous, qu'il ressemblait à une cousine qui est morte ; et moi, qui suis fin, je vous disais que c'était à cause qu'il ressemblait à madame; et cela était vrai.
LA COMTESSE
Je ne vois point d'apparence à cela.
LÉLIO
En vérité, madame, je ne comprends pas ce coquin-là. (A part, à Arlequin,} Tu me le paieras.
ARLEQUIN
Madame la comtesse, voilà monsieur qui me menace derrière vous.
LÉLIO
Moi?
ARLEQUIN
Oui, parce que je dis la vérité. Madame, vous me feriez bien du plaisir de l'obliger à vous dire qu'il vous aime ; il n'aura pas plutôt avoué cela, qu'il me pardonnera.
LA COMTESSE
Va, mon ami, tu n'as pas besoin de mon intercession.
Eh ! madame, je vous assure que je ne lui veux aucun mal ; il faut qu'il ait l'esprit troublé. Retiretoi, et ne nous romps point la tête de tes sots discours. {Arlequin êe recule au fond du théâtre avec Coiombine.) Je VOUS prie, madame, de n'être point fâchée de ce que j'avais voire portrait; j'étais dans l'ignorance.
LA COMTESSE
Ce n'est rien que cela, monsieur.