‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 577 sur 1238 · LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE I, SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE I, SCÈNE XIL

S il suffisail d*élre honnête homme, moi qui vous parle, j'aurais après moi une armée de valets.

ARLEQUIN

Oh! à présent je vous comprends. Que diantre I que ne dites-vous la chose comme il faut? Je n'aurais pas les bras démis, et vos épaules s'en porteraient mieux.

TRIVELIN

Vous m*avez fait mal.

ARLEQUIN

Je le crois bien, c'était mon intention. Par bonheur, ce n'est qu'un malentendu, et vous devez être bien aise d'avoir reçu innocemment les coups de bâton que je vous ai donnés. Je vois bien à présent que c'est qu'on fait ici tout l'honneur aux gens considérables, riches ; et, à celui qui n'est qu'honnête homme, rien.

TRIVELIN

C'est cela même.

ARLEQUIN

Sur ce pied-là, ce n'est pas grand'chose que d'être honoré, puisque cela ne signifie pas qu'on soit honorables

TRIVELIN

Mais on peut être honorable avec cela.

Ua foi ! tout bien compté, vous me ferez plaisir de me laisser là sans compagnie. Ceux qui me verront tout seul, me prendront tout d'un coup pour un honnête homme ; j'aime autant cela que d'être pris pour un grand seigneur.

TRIVELIN

Nous avons ordre de rester auprès de vous^

ARLEQUIN

Menez-moi donc voir Silvia.

TRIVELIN

Vous serez satisfait, elle va venir... Parbleu I je ne me trompe pas, car la voilà qui entre. Adieu ; je me retire.

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