LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE I, SCÈNE XIL
S il suffisail d*élre honnête homme, moi qui vous parle, j'aurais après moi une armée de valets.
ARLEQUIN
Oh! à présent je vous comprends. Que diantre I que ne dites-vous la chose comme il faut? Je n'aurais pas les bras démis, et vos épaules s'en porteraient mieux.
TRIVELIN
Vous m*avez fait mal.
ARLEQUIN
Je le crois bien, c'était mon intention. Par bonheur, ce n'est qu'un malentendu, et vous devez être bien aise d'avoir reçu innocemment les coups de bâton que je vous ai donnés. Je vois bien à présent que c'est qu'on fait ici tout l'honneur aux gens considérables, riches ; et, à celui qui n'est qu'honnête homme, rien.
TRIVELIN
C'est cela même.
ARLEQUIN
Sur ce pied-là, ce n'est pas grand'chose que d'être honoré, puisque cela ne signifie pas qu'on soit honorables
TRIVELIN
Mais on peut être honorable avec cela.
Ua foi ! tout bien compté, vous me ferez plaisir de me laisser là sans compagnie. Ceux qui me verront tout seul, me prendront tout d'un coup pour un honnête homme ; j'aime autant cela que d'être pris pour un grand seigneur.
TRIVELIN
Nous avons ordre de rester auprès de vous^
ARLEQUIN
Menez-moi donc voir Silvia.
TRIVELIN
Vous serez satisfait, elle va venir... Parbleu I je ne me trompe pas, car la voilà qui entre. Adieu ; je me retire.