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LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE III, SCÈNE L

grande qu'elle est, De vaut pas le chagrin que TOUS avez de ne pouvoir m*aimer.

SILVIA

Je pourrais bien vous aimer ; cela ne serait pas difficile, si je voulais.

LB PRINCB.

Souffrez donc que je m'afflige, et ne m*empèchez pas de vous regretter toujours.

SILVIA

Je vous en avertis, je ne saurais supporter de VOUS voir si tendre; il semble que vous le fassiez exprès. Y a-t-il de la raison à cela? Pardi! j'aurai moins de mal à vous aimer tout à fait, qu'à être comme je le suis. Pour moi, je laisserai tout là; Toilà ce que vous gagnerez.

LB PRINCE

Je ne veux donc plus vous 6tre à charge ; vous souhaitez que je vous quitte ; je ne dois pas résister aux volontés d'une pei^onne si chère. Adieu, Silvia.

SILVIA

Adieu, Silvia! Je vous querellerais volontiers; où allez-vous? Restez .là, c'est ma volonté ; je la sais mieux que vous, peut-être.

LB PRIliCB.

J'ai cru vous obliger.

SILVIA

Quel train que tout celai Que faire d'Arlequin? Encore si c'était vous qui fussiez le prince 1

LB PRINCB.

Et quand je le serais?

SILVIA

Cela serait différent, parce que je dirais à Arlequin que vous prétendriez être le maître ; ce serait mon ezcuse; mais il n'y a que pour vous que je voudrais prendre cette excuse-là.

LB PRINCB, à part.

Qu'elle est aimable I il est temps de dire qui je sais.

SILVIA

Qu'avez-vous? est-ce que je vous f^che? Ce n'est pas à cause de la principauté que je voudrais que vous fussiez prince, c'est seulement à cause de vous tout seul; et, si vous Tétiez, Arlequin ne saurait pas que je vous prendrais par amour; voilà ma raison. Mais non, après tout, il vaut mieux que vous ne soyez pas le maître; cela me tenterait trop. Et quand vous le seriez, tenez, je ne pourrais me résoudre àèlre une infidèle; voilà qui est fini.

LB PRINCE, à pari.

Oiflerons encore de l'instruire. (Haut,) Silvia, coDservez-moi seulement les bontés que vous avez pour moi. Le prince vous a fait préparer un spectacle; permettez que je vous y accompagne, et que je profite de toutes les occasions d'être avec vous. Après la fête, vous verrez le prince; et je sais chargé de vous dire que vous serez libre de

vous retirer, si votre cœur ne vous dit rien pour lui.

SlLVIA.

Oh I il ne me dira pas un root; c'est tout comme si j'étais partie; mais quand je serai chez nous, vous y viendrez; eh! que sait-on ce qui peut arriver? peut-être que vous m'aurez. Allons-nous-en toujours, de peur qu'Arlequin ne vienne.

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