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LA DOUBLE INCONSTANCE, ACTE III, SCÈNE V

ARLEQUIN

Ma noblesse Dem*oblige-t-elle à rien? Car il faut faire son devoir dans une charge.

LE SEIGNEUR

Elle oblige à être honnête homme.

ARLEQUIN

Vous aviez donc des exemptions, vous, quand TOUS avez dit du mal de moi?

LE SEIGNEUR

N'y songez plus; un gentilhomme doit ôlrc généreux.

ARLEQUIN

Généreux et honnête homme! Vertuchoux! ces devoirs-là sont bons; je les trouve encore plus nobles que mes lettres de noblesse. Et quand on ne s'en acquitte pas, est-on encore gentilhomme?

NuUement.

ARLEQUIN

Diantre! il y a donc bien des nobles qui paient la taille?

LE SEIGNEUR

Je n'en sais point le nombre.

ARLEQUIN

Est-ce là tout? N'y a-tril plus d*autres devoirs?

LE SEIGNEUR

Non; cependant vous qui, suivant toute apparence, serez favori du prince, vous aurez un devoir de plus; ce sera de mériter celte faveur par toute la soumission, tout le respect et toute la complaisance possibles. A Tégard du reste, comme je vous ai dit, ayez de la vertu, aimez Thonneur plus que la vie, et vous serez dans l'ordre.

ARLEQUIN

Tout doucement; ces dernières obligations-là ne me plaisent pas tant que les autres. Premièrement, il est bon d'expliquer ce que c'est que cet hoDDeur qu'on doit aimer plus que la vie. Malepeste, quel honneur!

LE SEIGNEUR

Vous approuverez ce que cela veut dire; c'est qu'il faut se venger d'une injure, ou périr plutôt qoe de la souffrir.

ARLEQUIN

Tout ce que vous m'avez dit n'est donc qu'un coq-à-l'àne; car si je suis obligé d'être généreux il faut que je pardonne aux gens; si je suis obligé d'être méchant, il faut que je les assomme. Comment donc faire pour tuer ces hommes-là et les laisser vivre?

LE SEIGNEUR

Vous serez généreux et bon, quand on ne vous insultera pas.

ARLEQUIN

Je vous entends : il m'est défendu d'être meilleur que les autres; et si je rends le bien pour le mal, je serai donc un homme sans honneur? Par la mardi! la méchanceté n'est pas rare; ce n'était pas la peine de la recommander tant. Voilà une

vilaine invention ! Tenez, accommodons-nops plutêt; quand on me dira une grosse injure, j'en répondrai une autre, si je suis le plus fort. Voulezvous me laisser votre marchandise à ce prix-là? Dites-moi votre dernier mot.

LE SEIGNEUR

Une injure répondue à une injure ne suffit point. Cela ne peut se laver, s'effacer que par le sang de votre ennemi, ou le vôtre.

ARLEQUIN

Que la tache y reste! Vous parlez du sang, comme si c'était de l'eau de la rivière. Je vous rends votre paquet de noblesse ; mon honneur n'est pas fait pour être noble; il est trop raisonnable pour cela. Bonjour.

LE SEIGNEUR

Vous n'y songez pas.

Sans compliment, reprenez votre affaire.

LE SEIGNEUR

Gardez -le toujours; vous vous ajusterez avec le prince; on n'y regardera pas de si près avec vous.

ARLEQUIN

Il faudra donc qu'il me signe un contrat comme quoi je serai exempt de me faire tuer par mon prochain, pour le faire repentir de son impertinence avec moi.

us SEIGNEUR.

A la bonne heure; vous ferez vos conventions. Adieu, je suis votre serviteur.

ARLEQUIN

Et moi le vôtre.

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