‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 634 sur 1238 · LE PRINCE TRAVESTI, ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

LE PRINCE TRAVESTI, ACTE II, SCÈNE I

ABLEQUIN.

fe ne vous ferai pas bon marché : prenez-y garde.

FRÉDÉRIC

Dis ce que tu veux; les longueurs me tuent.

ARLEQUIN

Pourtant, ce que c*est que d'être honnête homme ! Je n*ai que ce]a pour tout potage, moi. Voyez comme je me carre avec vous ! Allons, présentez-moi votre requêle; appelez-moi un peu monseigneur, pour voir comment cela fait. Je suis Frédéric à cette heure, et vous , vous êtes Arlequin.

FRÉDÉRIC, ù part.

Je ne sais où j'en suis. Quand je nierais le fait, c'est un homme simple qu'on ne croira que trop sur une infinité d'autres présomptions, et la quantité d'argent que je lui ai donnée prouve contre moi. (Haut,) Finissons, mon enfant; que te faut-il?

ARLBQUm.

Ohl tout bellement; pendant que je suis Frédéric, je veux profiter un petit brin de ma seigneurie. Quand j'étais Arlequin, vous faisiez le gros dos avec moi ; à cette heure que c'est vous qui l'êtes, je veux prendre ma revanche.

FRÉDÉRIC

Ahl je suis perdu!

Il méfait pitié. (Haut.) Allons, consolez-vous ; je suis las de faire le glorieux, cela est trop sot. Il n'y a que vous autres qui puissiez vous accoutumer à cela. Ajustons-nous.

FRÉDÉRIC

Tu n'as qu'à dire.

ARLEQUIN

Avez-vous encore de cet argent jaune? J'aime cette couleur-là; elle dure plus longtemps qu'une autre.

FRÉDÉRIC

Voilà tout ce qui me reste.

ARLEQUIN

Bon ; ces pistoles-là, c'est pour votre pénitence de m'avoir donné les autres pistoles. Venons au reste de la boutique ; parlons des emplois.

FRÉDÉRIC

Mais, ces emplois, tu ne peux les exercer qu'en quittant ton maître.

ARLEQUIN

J'aurai un commis; et pour l'argent qu'il m'en coûtera, vous me donnerez une bonne pension de cent écus par an.

FRÉDÉRIC

Soit, tu' seras content ; mais me promets-tu de te taire?

Touchez là; c'est marché fait.

FRÉDÉRIC

Tu ne te repentiras pas de m'avoir tenu parole. Adieu, Arlequin; je m'en vais tranquille.

ARLEQUIN , ie rappelant, St! st! st! st!

FRÉDÉRIC, revefiant.

Que me veux-tu?

ARJ.BQUIN.

Et, à propos , nous oublions cette jolie fille.

FRÉDÉRIC

Tu dis que c'est une guenon.

ARLEQUIN

Oh I j'aime assez les guenons.

FRÉDÉRIC

Eh bien ! je tâcherai de te la faire avoir.

ARLEQUIN

Et moi, je tâcherai de me taire.

FRÉDÉRIC

Puisqu'il te la faut absolument, reviens me trouver tantôt ; tu la verras, (il part,) Peut-être me le débauchera-t-elle mieux que je n'ai pu faire.

ARLEQUIN

Je veux avoir son cœur sans tricherie.

Sans doute ; sortons d'ici.

ARLEQUIN

Dans un quart d'heure je suis à vous. Tenezmoi la fille prête.

Page 1