LE PRINCE TRAVESTI, ACTE II, SCÈNE I
ABLEQUIN.
fe ne vous ferai pas bon marché : prenez-y garde.
FRÉDÉRIC
Dis ce que tu veux; les longueurs me tuent.
ARLEQUIN
Pourtant, ce que c*est que d'être honnête homme ! Je n*ai que ce]a pour tout potage, moi. Voyez comme je me carre avec vous ! Allons, présentez-moi votre requêle; appelez-moi un peu monseigneur, pour voir comment cela fait. Je suis Frédéric à cette heure, et vous , vous êtes Arlequin.
FRÉDÉRIC, ù part.
Je ne sais où j'en suis. Quand je nierais le fait, c'est un homme simple qu'on ne croira que trop sur une infinité d'autres présomptions, et la quantité d'argent que je lui ai donnée prouve contre moi. (Haut,) Finissons, mon enfant; que te faut-il?
ARLBQUm.
Ohl tout bellement; pendant que je suis Frédéric, je veux profiter un petit brin de ma seigneurie. Quand j'étais Arlequin, vous faisiez le gros dos avec moi ; à cette heure que c'est vous qui l'êtes, je veux prendre ma revanche.
FRÉDÉRIC
Ahl je suis perdu!
Il méfait pitié. (Haut.) Allons, consolez-vous ; je suis las de faire le glorieux, cela est trop sot. Il n'y a que vous autres qui puissiez vous accoutumer à cela. Ajustons-nous.
FRÉDÉRIC
Tu n'as qu'à dire.
ARLEQUIN
Avez-vous encore de cet argent jaune? J'aime cette couleur-là; elle dure plus longtemps qu'une autre.
FRÉDÉRIC
Voilà tout ce qui me reste.
ARLEQUIN
Bon ; ces pistoles-là, c'est pour votre pénitence de m'avoir donné les autres pistoles. Venons au reste de la boutique ; parlons des emplois.
FRÉDÉRIC
Mais, ces emplois, tu ne peux les exercer qu'en quittant ton maître.
ARLEQUIN
J'aurai un commis; et pour l'argent qu'il m'en coûtera, vous me donnerez une bonne pension de cent écus par an.
FRÉDÉRIC
Soit, tu' seras content ; mais me promets-tu de te taire?
Touchez là; c'est marché fait.
FRÉDÉRIC
Tu ne te repentiras pas de m'avoir tenu parole. Adieu, Arlequin; je m'en vais tranquille.
ARLEQUIN , ie rappelant, St! st! st! st!
FRÉDÉRIC, revefiant.
Que me veux-tu?
ARJ.BQUIN.
Et, à propos , nous oublions cette jolie fille.
FRÉDÉRIC
Tu dis que c'est une guenon.
ARLEQUIN
Oh I j'aime assez les guenons.
FRÉDÉRIC
Eh bien ! je tâcherai de te la faire avoir.
ARLEQUIN
Et moi, je tâcherai de me taire.
FRÉDÉRIC
Puisqu'il te la faut absolument, reviens me trouver tantôt ; tu la verras, (il part,) Peut-être me le débauchera-t-elle mieux que je n'ai pu faire.
ARLEQUIN
Je veux avoir son cœur sans tricherie.
Sans doute ; sortons d'ici.
ARLEQUIN
Dans un quart d'heure je suis à vous. Tenezmoi la fille prête.