SCÈNE VII
LÉLIO, HORTENSE
L1ÎLI0,
Enfin, madame, il est temps que vous décidiez de mon sort; il n'y a point de moments à perdre. Vous venez d'enlendre la princesse; elle veut que je prononce sur le mariage qu'on lui propose. Si je refuse de le conclure, c'est entrer dans ses vues et lui dire que je l'aime; si je le conclus, c'est lui donner des preuves d'une indifférence dont elle cherchera les raisons. La conjoncture est pressante; que résolvez- vous en ma faveur? II faut que je me dérobe d'ici incessamment; mais vous, madame, y resterez-vous? Je puis vous offrir un asile où vous ne craindrez personne. Oserai-je espérer que vous consentiriez aux mesures promptes et nécessaires?...
HORTENSE
Non, monsieur; n'espérez rien, je vous prie. Ne parlons plus de votre cœur, et laissez le mien en repos; vous le troublez, je ne sais ce qu'il est devenu. Je n'entends parler que d'amour à droite et à gauche ; il m'environne, il m'obsède ; et le vôtre, au bout du compte, est celui qui me presse le plus.
liIlio.
Quoi ! madame, c'en est donc fait l Mon amour vous Tatigue, et tous me rebutez?
HORTENSE
Si vous cherchez à m'attendrir, je vous avertis que je vous quitte ; je n'aime point qu'on exerce mon courage.
L^LIO
Ahl madame, il ne vous en faut pas beaucoup pour résister à ma douleur.
HORTENSE
Ah I monsieur, je ne sais point ce qu'il m'en faut, et ne trouve point à propos de le savoir. Laissez-moi me gouverner, chacun se sent ; brisons là-dessus.
LÉLIO
Il n'est que trop vrai que vous pouvez m'écouter sans aucun risque.
II n'est que trop vrai ! Oh I je suis plus difficile en vérité que vous; et ce qui est trop vrai pour vous, ne l'est pas assez pour moi. Je crois que j'irais loin avec vos sûretés, surtout avec un garant comme vous I En vérité, monsieur, vous n*y songez pas; il n'est que trop vrai I Si cela était si vrai, j'en saurais quelque chose; car vous me forcez à vous dire plus que je ne veux, et je ne vous le pardonnerai pas.
LELIO
Si vous sentez quelque heureuse disposition pour moi, qu'ai-je fait depuis tantôt qui puisse mériter que vous la combattiez?
HORTENSE
Ce que vous avez fait? Pourquoi me rencontrez-vous ici? Qu'y venez-vous chercher? Vous êtes arrivé à la cour; vous avez plu à la princesse, elle vous aime; vous dépendez d'elle, j'en dépends de même; elle est jalouse de moi : voilà ce que vous avez fait, monsieur; et il n'y a point de remède à cela, puisque je n'en trouve point.
LÉLIO
La princesse est jalouse de vous ?
HORTENSE
Oui, très-jalouse. Peut-être actuellement sommes-nous observés l'un et l'autre ; et après cela vous venez me parler de votre passion, vous voulez que je vous aime; vous le voulez, et je tremble de ce qui en peut arriver; car enfin on se lasse. J'ai beau vous dire que cela ne se peut pas, que mon cœur vous serait inutile; vous ne m'écoutez point, vous vous plaisez à me pousser à bout. Eh ! Lélio, qu'est-ce que c'est que votre amour? Vous ne me ménagez point ; aime-t-on les gens quand on les persécute, quand ils sont plus à plaindre que nous, quand ils ont leurs chagrins et les nôtres, quand ils ne nous font un peu de mal que pour éviter de nous en faire davantage? Je refuse devons aimer; qu'est-ce que j'y gagne? Vous imaginez-vous que j'y prends plaisir? Non, Lélio, non; le plaisir n'est pas grand. Vous êtes un ingrat; vous devriez me remercier de mes refus, vous ne les mé-