L'AMBASSADEUR, LÉLIO, FRÉDÉRIC
FRÉDÉRIC, ù part à Vambatsadeur, Vous sentirez, j'en suis sûr, jusqu'où va l'audace de ses espérances.
l'ambassadeur, à LéUo.
Vous savez, monsieur, ce qui m'amène ici, et votre habileté me répond du succès de ma commission. Il s'agit d'un mariage entre votre princesse et le roi deCaslille, mon maître. Tout invite aie conclure; jamais union ne fut peut-être plus nécessaire. Vous n'ignorez pas les justes droits que les rois de Castille prétendent avoir sur une partie de cet État, par les alliances...
LÉLIO
Laissons là ces droits historiques, monsieur; je sais ce que c'est; et quand on voudra» la princesse CD produira de même valeur sur les États du roi votre maître. Nous n'avons qu'à relire aussi les alliances passées; vous verrez qu'il y aura quelqu'une de vos provinces qui nous appartiendra.
FRÉDÉRIC
Effectivement vos droits ne sont pas fondés, et il n'est pas besoin d'en appuyer le mariage dont il s'agit.
l'ambassadeur.
Laissons-les donc pour le présent, j'y consens; mais la trop grande proximité des deux États entretient depuis vingt ans des guerres qui ne finissent que pour peu de temps, et qui recommenceront bientôt entre deux nations voisines, et dont les intérêts se croiseront toujours. Vos peuples sont fatigués; mille occasions vous ont prouvé que vos ressources sont inégales aux nôtres. La paix que nous venons de faire avec vous, vous la devez à des circonstances qui ne se rencontreront
pas toujoui*s. Si la Castille n'avait été occupée ailleurs, les choses auraient bien changé de face.
LÉUO.
Point du tout; il en aurait été de cette guerre comme de toutes les autres. Depuis tant de siècles que cet État se défend contrôle vôtre, où sont vos progrès? Je n'en vois point qui puissent justifier cette grande inégalité de forces dont vous parlez.
l'ambassadeur.
Vous ne vous êtes soutenus que par des secours étrangers.
lélio.
Ces mêmes secours, dans bien des occasions, vous ont aussi rendu de grands services; et voilà comment subsistent les États : la politique de l'un arrête Tambition de l'autre.
fbédébig.
Retranchons-nous sur des choses plus effectives, sur la tranquillité durable que ce mariage assureraitaux deux peuples qui ne seraient plus qu'un, et qui n'auraient plus qu'un même maître.
lélio.
Fort bien; mais nos peuples n'ont-ils pas leurs lois particulières? Êtes-vous sûr, monsieur, qu'ils voudront bien passer sous une domination étrangère, et peut-être se soumettre aux coutumes d'une nation qui leur est antipathique?
.l'ambassadeur.
Désobéiront-ils à leur souveraine?
LÉLIO
Us lui désobéiront par amour pour elle.
FRÉDÉRIC
En ce cas-là , il ne sera pas difficile de les réduire.
LÉUO.
Y pensez-vous, monsieur? S*J1 faut les opprimer pour les rendre tranquilles comme vous l'entendez, ce n'est pas de leur souveraine que doit leur venir un pareil repos; il n'appartient qu'à la fureur d'un ennemi de leur faire un présent si funeste.
FRÉDÉRIC , à pari, à l* ambassadeur.
Vous voyez des preuves de ce que je vous ai dit
l'ambassadeur , à Lélio, Votre avis est donc de rejeter le mariage que je propose?
lélio.
Je ne le rejette point; mais il mérite réflexion. Il faut examiner mûrement les choses ; après quoi, je conseillerai à la princesse ce que je jugerai de mieux pour sa gloire et pour le bien de ses peuples ; le seigneur Frédéric dira ses raisons, et moi les miennes.
FRÉDÉRIC
On décidera sur. les vôtres.
l'ambassadeur , à Lélio.
Me permettez-vous de vous parler à cœur ouvert?