‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 652 sur 1238 · ACTE II, SCÈNE XL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XL

je suis diablement embarrassé. Moi, j'ai deviné qu'il avait de l'embarras. Quand il a eu dit cela, il n'a rien dit davantage; il s'est promené; ensuite il lui a pris un grand frisson.

HORTENSE

En vérité, madame, vous m'élonnez.

LA PRINCESSE

Que veux-tu dire, un frisson?

ARLEQUIN

Oui, il a dit : Je tremble; et ce n'était pas pour des prunes, le gaillard ! car, a-t-il repris, j'ai lorgné ma gentille maltresse pendant cette belle fête; et si cette princesse, qui est plus fine qu'un merle, a vu trotter ma prunelle, mon affaire va mal, j'en dis du mirlirot. Là-dessus autre promenade; ensuite autre conversation. Par la ventrebleu! a-t-il dit, j'ai du guignon; je suis amoureux de cette gracieuse personne, et si la princesse vient à le savoir, et y allons donc, nous verrons beau train, je serai un joli mignon; elle sera capable de me friponner m'amie... Jour de Dieu! ai-je dit en moi-même, friponner, c'est le fait des larrons, et non pas d'une princesse qui est fidèle comme Tor. Verluchoux 1 qu'est-ce que c'est que tout ce tripotage-là? Toutes ces paroles-là ont mauvaise mine; mon patron songe à malice; et il faut avertir cette pauvre princesse, à qui on en ferait passer quinze pour quatorze. Je suis donc venu comme un honnête garçon, et voilà que je vous découvre le pot aux roses; mais je vous dis la signification du discours, et le tout gratis^ si cela vous plaît.

HORTENSE

Quelle aventure I

FRÉDÉRIC, à ta princesse.

Madame, vous m'avez dit quelquefois que je présumais mal de Lélio ; voyez l'abus qu'il fait de votre estime.

LA PRINCESSE

Taisez-vous ; je n'ai que faire de vos réflexions. {A Arlequin.) Pour toi, je vais t'apprendre à trahir ton maître, à te mêler de choses que tu ne devais pas entendre, et à me compromettre dans l'impertinente répétition que tu fais ; une étroite prisoo me répondra de ton silence.

ARLEQUIN, se mettant à genoux.

Âh ! ma bonne dame, ayez pitié de moi; arrachez-moi la langue, et laissez-moi la clef des champs. Miséricorde, ma reine! je ne suis qu'un butor, et c'est ce misérable conseiller de malheur qui m'a brouillé avec votre charitable personne.

LA PRINCESSE

Gomment cela?

Madame, c'est un valet qui vous parle, et qui cherche à se sauver; je ne sais ce qu'il veut dire.

HORTENSE

Laissez, laissez-je parler, monsieur.

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