LA PRINCESSE, HORTENSE
HORTENSE
Je me rends à vos ordres, madame; on m'a dit que vous vouliez me parler.
LA PRINCESSE
Vous jugez bien que, dans l'état où je suis, j'ai besoin de consolations, Hortense ; et ce n'est qu à vous seule que je peux ouvrir mon cœur.
HORTENSE
Hélas! madame, je n'ose vous assurer que vos chagrins sont les miens.
LA PRINCESSE, à part.
Je le sais bien, perfide... {Haut,) Je vous ai confié mon secret comme à la seule amie que j*aic lu monde. Lélio ne m'aime point, vous le savez.
HORTENSE
On aurait de lapeineàse l'imaginer; et,àvotre place, je voudrais encore m'éclaircir. Il entre peut-être dans son cœur plus de timidité que d*indifl'érence.
LA PRINCESSE
De la timidité, madame! Votre amitié pour moi vous fournit des motifs de consolation bien faibles, ou vous êtes bien distraite!
On ne peut être plus attentive que je le suis, madame.
LA PRINCESSE
Vous oubliez pourtant les obligations que je VOUS ai ; lui, n'oser me dire qu'il m'aime! Eli! ne l'avez-vous pas informé, de ma part, des sentiments que j'avais pour lui?
HORTENSE
j'y pensais tout à Theure, madame; mais je crains de l'en avoir mal informé. Je parlais pour une princesse; la matière était délicate. Je vous aurai peut-être un peu trop ménagée, je me serai expliquée d'une manière obscure ; Lélio ne m'aura pas entendue; ce sera ma faute.
LA PRINCESSE
Je crains, à mon tour, que votre ménagement pour moi n'ait été plus loin que vous ne dites; peut-être ne l'avcz-vous pas entretenu de mes sentiments; peut-être l'avcz-vous trouvé prévenu pour une autre ; et vous, qui prenez à mon cœur un intérêt si tendre, si généreux, vous m*avcz fait un mystère de tout ce qui s'est passé. C'est une discrétion prudente, dont je vous crois trcs-capabic.
HORTENSE
Je lut ai dit que vous l'aimiez, madame ; soyezen persuadée.
LA PRINCESSE
Vous lui avez dit que je l'aimais; et il ne vous a pas entendue, dites-vous! Ce n*esl pourtant pas s'expliquer d'une manière énigmatique. Je suis outrée, trahie, méprisée; et par qui, Hortense?